Casseurs

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Aussitôt le match de la CAN 2025 remporté par le Sénégal aux dépens du Maroc, la violence des supporters victorieux embrasa les Champs Élysées. Si je perds, je casse, si je gagne, je casse. Jusque-là, rien de nouveau sur les stades envieux des rodéos. Mais pourquoi donc s’en aller manifester à Paris ? Cela ne va pas de soi. En effet, l’ancien colonisé parle encore français. Il attache une immense importance au regard jeté par le colon même une fois dégagé. Les profondes racines du colonialisme culturel demeurent malaisées à déraciner.

L’enseignement et l’éducation inculqués tout au long de l’occupation laissent des traces moins faciles à éliminer que le drapeau français.

L’armée irakienne reprend la base américaine d’Aïn Al-Assd et change les drapeaux après d’interminables tractations tant l’occupant tient aux emblèmes de sa colonisation. Au Mali où je fus invité pour établir le programme d’enseignement de la sociologie, je fus stupéfait d’écouter les officiels ministériels chanter en langue française l’hymne national dénommé « La Zaïroise ». Au pays de Bourguiba, scander le « Namoutou » en français paraît, pour le moins, inapproprié.

Le Maroc vient de supprimer l’enseignement du français au profit de l’anglais. Ces différents cas de figure illustrent la perception du langage perçue à travers le prisme du nationalisme. Ainsi, d’après Heidegger, en cela engagé sur une voie minée, le grec et l’allemand seraient des langues supérieures.

Pourquoi pas l’arabe ou le chinois ? Le nationalisme pervertit les critères de Heidegger ou d’Hitler et de cet impair provient la fantasmagorie d’une langue universelle, alter ego de la pierre philosophale.

Dès l’instant où une civilisation, grecque, allemande, arabe ou chinoise tend à occuper les sommets, sa langue atteint l’apogée. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Socrate enseignait à tous le célèbre « Connais-toi toi-même » et au moment où la Grèce fleurissait, la puissance de la pensée informait la façon de parler. Ainsi, agit la rubrique politique. Celle-ci représente, selon Bourdieu, « le terrain par excellence du pouvoir symbolique ».

Autrement dit, « on peut agir avec des mots, ordres ou mots d’ordre ». Bourdieu ajoute : « On se trouve affronté à ce que les scolastiques appelaient le mystère du ministère ». Quand le muezzin appelle à la prière, les croyants rejoignent la mosquée dans la mesure où l’appelant parle au nom de la religion. Quand Bourguiba junior demande aux maquisards d’abandonner les armes, ils obéissent à l’injonction venue de la parole autorisée du grand combattant.

De même, le juge parle et les sécuritaires arrêtent Seif Eddine Makhlouf. Pareille efficacité symbolique de l’énonciation relève, dans tous les cas de figure, d’une même problématisation.

Lorsque Trump menace l’Ayatollah Khameneï, son langage prend appui sur la force militaire car, sans elle, aucune efficacité symbolique n’opère face à la parole autorisée du mollah en Iran. De là provient le dédain opposé par Khameneï au crétin.

Surexcité, pris d’instabilité psychomotrice, il ne sait que menacer pour exister. Il imposera, dit-il, 100% de droits douaniers au Canada s’il conclut un accord avec la Chine. Méfie-toi, mon carquois recèle mille et un coups bas.

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