Cibler l’information

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Le 10 août, Al Jazira dénonce la tuerie de cinq parmi ses journalistes par une frappe israélienne ciblée. Pourquoi toucher aux intouchables quand l’éthique médiatique prescrit une liberté consubstantielle à la pratique journalistique ?
Un procès historique, radical et primordial fonde une libre expression attribuée à cette profession.
Dans son ouvrage titré « Messages et signaux », Louis J. Prieto établit un lien entre l’univers anthropologique et le champ médiatique : « Il y a un type particulier d’instruments, dont l’apparition s’est produite vraisemblablement assez tard, lorsque la vie sociale — en partie grâce au fait même que l’on se servait d’instruments — avait atteint un degré d’évolution considérable, ce sont les instruments que l’on appelle « signaux » et dont la fonction consiste en la transmission de messages ». Le message de Netanyahu justifie l’attaque par la présence d’un terroriste parmi les journalistes. La raison, toujours la même, brouille la piste. Car, dans tous les cas de figure, il s’agit de maintenir le rythme de l’entreprise génocidaire face au risque de la démobilisation jugé suicidaire. Dans la mesure où seuls seraient à liquider les quelques rares terroristes repérés, comment expliquer les 61.430 Palestiniens tués ? Le nettoyage ethnique n’admet aucune distinction établie entre civils, combattants, hommes, femmes et enfants. La catastrophe humanitaire outrepasse les règles élémentaires de la guerre. Par la pratique apparentée au nazisme de l’hitlérisme, les sionistes groupés autour de leurs dirigeants jusqu’au-boutistes accomplissent une œuvre associatrice du judaïsme au terrorisme. Dans ces conditions, l’antisémitisme ne provient guère de l’extérieur, il est aussi produit par l’intérieur. Eu égard à l’autodénigrement concocté contre eux-mêmes par les crétins, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran ne sont rien.
Les ravages infligés au sionisme par lui-même, vu l’autoproduction de son image, ajoutent leurs effets négatifs à ceux du carnage commis contre les Gazaouis. Là, réside le pire inconvénient fabriqué par Israël contre Israël. La certitude absolue d’avoir raison à propos du « Grand Israël » piège les tenants de la procédure génocidaire et cligne vers le mot de Nietzsche dans « Eccé homo » : « ce qui rend fou, ce n’est pas le doute, c’est la certitude ».
Juché sur les épaules nucléaires de son parrain Netanyahu gomme l’information et avoue ainsi, connaître et cacher sa monstruosité par cynisme. Ce terme vient du grec “kunos” qui veut dire chien. Selon Protagoras d’Abdère, « l’homme est la mesure de toute chose ». Bourdieu reprend l’idée mentionnée au Ve siècle avant J.C tant il est malaisé d’innover. De même, c’est Taha Hussein qui énonça, pour la première fois, l’expression « La grande discorde » avant sa récupération par Hichem Djaït. Pour Bourdieu, le discours dépend du lieu d’où il est parlé. Ainsi, de Tel-Aviv, le narratif relatif aux souverainetés arabes narre la naïveté.
A l’instant même où l’Egypte, le Qatar et l’Amérique négocient, eux, un cessez-le-feu, Tsahal pilonne la ville de Gaza. Les uns bombardent et les autres bavardent, maints pays dénoncent l’effusion de sang mais en vain car le génocide relève d’une programmation à objectif stratégique.
Le principe de réalité ouvre la voie orientée vers la Riviera.
De même, l’actuel sommet Trump-Poutine inscrit par pertes et profits la paix ukrainienne promise par la théâtralisation américaine. L’unique résultat tangible de la rencontre fut le tapis rouge étalé par l’Amérique à la Russie, les immémoriaux ennemis devenus amis. Pareil mélodrame adresse un message à la résistance palestinienne. Le lachâge de l’Ukraine par la roublardise américaine recèle une leçon livrée à la méditation : ne compter que sur soi-même.

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