Trente ans après la signature de l’Accord d’Association avec l’Union européenne, la Tunisie dresse un bilan économique concret de ce partenariat. Les données chiffrées montrent un effet sur le commerce et l’investissement, tandis que des discussions se poursuivent pour moderniser ce cadre.
Les exportations tunisiennes vers l’Union européenne ont quadruplé depuis 1995 et les importations en provenance d’Europe ont été multipliées par 2,7. Par conséquent, la balance commerciale bilatérale a enregistré un excédent de 1,8 milliard d’euros en faveur de la Tunisie en 2024. Cet accord a également structuré l’économie industrielle du pays, car l’industrie représente 60 % des investissements directs européens, en particulier dans l’électronique, les composants automobiles et la mécanique. Simultanément, le secteur de l’énergie concentre 40 % de ces investissements, avec un focus sur les énergies renouvelables et des projets comme l’interconnexion électrique tuniso-italienne Elmed.
L’ouverture du marché européen a renforcé l’attractivité du pays pour les entreprises étrangères. On compte ainsi 3 400 entreprises européennes présentes en Tunisie, lesquelles emploient directement 409 000 personnes. Parmi elles, plus de 900 entreprises à capitaux italiens emploient environ 85 000 personnes. Une étude de 2021 sur l’impact des accords euro-méditerranéens a confirmé que la Tunisie était le pays qui en bénéficiait le plus parmi ceux analysés, avec une hausse de 1,5 % de son produit intérieur brut et de plus de 3 % des salaires, pour les travailleurs peu qualifiés comme hautement qualifiés, par rapport à un scénario sans accord.
Le cadre de ce partenariat a récemment évolué pour s’adapter aux réalités économiques. En mars 2025, le protocole révisé sur l’origine des produits est entré en vigueur, simplifiant l’accès aux exemptions douanières pour les exportateurs tunisiens. Ce nouveau protocole prévoit notamment des règles plus flexibles pour le secteur textile concernant l’utilisation de composants provenant de pays tiers. Cependant, l’accord actuel ne couvre pas certains domaines comme le commerce des services, l’investissement, la concurrence, la propriété intellectuelle ou le commerce numérique. C’est pourquoi la Commission européenne a réaffirmé sa volonté de moderniser les relations économiques avec les pays du voisinage méridional. Parallèlement, la mise en œuvre du mémorandum d’entente sur le partenariat stratégique se poursuit, prévoyant un soutien à la gestion des flux migratoires en échange d’une assistance macrofinancière.
Par conséquent, trente ans après sa signature, l’Accord d’Association continue de modeler l’économie tunisienne. Il a permis une croissance mesurable des échanges et l’implantation de milliers d’entreprises européennes. Alors que de nouvelles règles facilitent déjà les échanges, les discussions pour élargir ce partenariat à de nouveaux secteurs détermineront sa trajectoire pour les décennies à venir.