L’Algérie vient d’annoncer le décès, ce dimanche 29 mars, de l’ancien président de la République, Liamine Zéroual. Le défunt incarne une figure singulière de l’histoire algérienne, dont la trajectoire est indissociable de l’évolution militaire et politique du pays. Né à Batna en 1941, il s’engage précocement dans la lutte pour l’indépendance en rejoignant les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) à l’âge de seize ans. Ce baptême du feu forge une discipline et un sens du devoir qui marqueront l’ensemble de sa carrière au sein de l’Armée nationale populaire (ANP), où il gravira tous les échelons jusqu’au grade de général de corps d’armée.
Son destin national prend un tournant décisif en 1994, lorsqu’il est appelé à diriger l’État dans un contexte de crise sécuritaire et institutionnelle sans précédent dans une période de transition en pleine guerre civile. Nommé chef de l’État par le Haut Comité d’État, il assoit sa légitimité un an plus tard en remportant la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire du pays. Durant son mandat, il s’efforce de naviguer entre la fermeté face au terrorisme et une volonté de dialogue, posant les premiers jalons de la réconciliation nationale à travers la loi sur la « Rahma » (clémence).
C’est toutefois par son départ volontaire que Liamine Zéroual marquera durablement les esprits. En 1998, fidèle à ses principes de rigueur et d’alternance, il annonce son intention d’abréger son mandat et d’organiser des élections anticipées, un geste de renoncement au pouvoir rare dans la région. Son retrait définitif de la vie politique en 1999, après l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, n’a fait que renforcer son aura d’homme d’État intègre et désintéressé.
Retiré dans sa ville natale des Aurès, il est resté jusqu’à ses derniers jours une référence morale consultée lors des grandes crises, tout en observant une discrétion absolue. Sa disparition laisse le souvenir d’un dirigeant qui a su placer l’intérêt de la nation au-dessus des ambitions personnelles, restant à jamais le « président du dialogue » et de la transition difficile vers la stabilité.
157