Crédit photos: Aymen Bachrouch
Des États-Unis à l’Allemagne, à la France, les scènes de violence à l’égard des citoyens, mais surtout des citoyens racisés, font froid dans le dos. Les abus, les maltraitances, les bavures, la violence gratuite, les PV gratuits, les insultes, les remarques xénophobes, négrophobes et arabophobes, islamophobes surtout, font désormais partie du quotidien de bon nombre de citoyens.
Les policiers, les milices fédérales ultra-politisées et d’obédience d’extrême droite, et surtout (aux USA) mais plus proches de nous, en Europe, les personnels de la RATP comme en France, se permettent de plus en plus des exactions insoutenables sur les citoyens racisés, considérés par délit de faciès comme les délinquants types.
On tabasse, on traîne par terre, on insulte et humilie, et puis « on pose les questions » !!!
À Nice, victimes de délits de faciès, des gamins à la sortie d’école se font fouiller par les forces de police sans aucune raison valable (c’est devenu un quotidien banal), et pendant que des badauds filment, une « gentille gauloise blonde » alerte : « la police, on vous filme ». Merci madame… !!!
En France, l’actuel ministre de l’Intérieur refuse la thèse des « coups mortels » qui ont tué El Hacen Diara, qui a pourtant perdu la vie après l’altercation : « il y a un pas que je ne franchis pas et je n’ai aucune raison de suspendre les fonctionnaires de police », explique-t-il face au Sénat.
Et un peu plus loin : « des merdes comme ça, il faut les brûler… je ne compte plus le nombre de mecs qu’on a éborgnés… moi j’ai envie de les tabasser ». Ces propos ont été tenus par des gendarmes, lors de la manifestation à Sainte-Soline en mars 2023, selon l’écologiste de la Vienne Laure Lucco, qui confronte au Sénat Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur à l’époque.
Thomas Portes, député de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis, nous révèle une vidéo terrible où des policiers acculent un citoyen d’origine maghrébine et le font entrer dans un couloir d’immeuble pour pouvoir le passer à tabac.
Le plus dur est la vidéo du passage à tabac d’El Hassen Diarra : ils étaient trois sur lui. Les policiers, en pleine nuit, ont tabassé, la nuit du 14 janvier 2025, ce jeune homme de 35 ans.
Mauritanien sans papiers, il était la victime idéale. Une scène insoutenable devant le foyer des Mûriers : ils étaient plusieurs à le taper et à l’étrangler. Ensuite conduit au commissariat du 20e arrondissement, il mourra quelques heures après. La version actuelle des autorités est remise en question par la famille du défunt. Une vidéo qui circule actuellement démontre bien que la thèse officielle des circonstances n’est pas la bonne.
En boucle, des vidéos, des témoignages, des récits circulent sur les médias sociaux et cela est de plus en plus insoutenable.
Comme cette vidéo en France où l’un des policiers, après avoir étranglé le citoyen d’origine maghrébine, lui dit : « dégage, kebab à pattes » !
En France, le racisme demeure un phénomène structurel et ordinaire à la fois : il s’exprime autant par des actes explicites (insultes, agressions, discriminations avérées) que par des mécanismes plus diffus (stéréotypes, biais implicites, soupçons de non-appartenance).
Près de 1,2 million de personnes déclarent être victimes d’au moins une atteinte raciste annuellement et seulement 4 % de plaintes sont enregistrées. La France traverse une crise identitaire « meurtrière ». De plus, il faut se dire que ce chiffre est largement sous-estimé du fait de la peur et des réticences à déclarer ces situations.
Le contexte socio-économique, les débats identitaires récurrents et la médiatisation de certaines questions (immigration, sécurité, religion) contribuent à maintenir un climat délétère. Psychologiquement, le racisme fonctionne comme un système de catégorisation, renforcé par l’anxiété sociale et le sentiment de menace symbolique.
Une menace racisée
Les personnes perçues comme noires, arabes ou musulmanes sont les plus fréquemment ciblées, indépendamment de leur nationalité ou de leur trajectoire individuelle.
Le profil type des victimes
• Jeunes adultes, en particulier des hommes, davantage exposés aux contrôles et à la suspicion institutionnelle.
• Personnes issues de milieux populaires, où les discriminations s’additionnent aux inégalités sociales.
• Femmes musulmanes portant des signes visibles, confrontées à une double stigmatisation (genre et religion).
Un XXIe siècle xénophobe
En ce XXIe siècle, du Nord au Sud, la violence et les abus des autorités sur les citoyens racisés, ces autorités censées nous protéger, deviennent une triste réalité. On ne compte plus les blessés, les traumatisés, les morts, les déportés, OQTF ou pas, en France ou aux États-Unis.
Aux USA, le constat est terrible : une milice ICE aux relents nazis fait la pluie et le beau temps, installant un climat de terreur et de violence. Tous ces citoyens du monde ont une « tare » : ne pas être des Blancs purs souche. Et face à la violence suprémaciste, les questions ne se posent plus de savoir si l’on est dans la légalité ou pas. Tous sont des suspects. Ils sont devenus une triste statistique, une tragédie des temps modernes, de plus en plus banalisée.
La répression policière frappe partout sans retenue et avec discrimination
Le psychanalyste français Jacques Lacan écrivait : « Le réel, c’est quand ça cogne. Le réel, c’est cette mémoire ultra douloureuse que l’on porte en nous, celle de nos frères qui ont péri dans l’histoire. »
Les ratonnades sur les « bougnouls », ces Algériens jetés dans la Seine, mais aussi les Malik Oussekine, Zyed et Bouna qui meurent électrocutés en fuyant par peur la police, Adama Traoré tué alors qu’il faisait sa prière dans la mosquée, Nahel Merzouk, Aboubakar Cissé. On ne compte plus les faits divers, banalisés par les médias officiels. 52 décès liés à une intervention des forces de l’ordre en 2024, passés sous la trappe. Pour finir par la mort d’El Hacen Diarra, qui décède quelques heures plus tard dans un commissariat après asphyxie, alors qu’il ne faisait que boire un café et fumer une cigarette en bas de son foyer de travailleurs.
Par trois fois, il a dit aux policiers qu’il n’arrivait pas à respirer, mais ils ont continué…
Des médias officiels complices qui évitent le narratif de la réalité raciste d’une catégorie de citoyens « de seconde zone »
On détourne alors l’attention sur ICE plutôt que de parler des tragédies qui se passent sur le territoire français, tragédies qui mettent à mal le projet du « Mieux vivre ensemble » d’UFFP, qui se bat dans l’ombre depuis quinze ans à écrire, sensibiliser, faire des événements pour rapprocher cultures et humanités plurielles.
Un narratif républicain en France qui fausse les pistes
La violence de l’histoire américaine fait les choux gras de tous les médias ici, mais on continue en France de nier un certain devoir de mémoire, propre à l’histoire coloniale (Algérie et les meurtres de masse des résistants « indigènes » et autres nations qui ont connu l’oppression des colonies). Déni sur l’histoire coloniale française enseignée selon une certaine sélection en vue d’aseptiser les dommages collatéraux. Une histoire qui rejette et n’assume pas certaines responsabilités, et dont la violence continue de s’exprimer aujourd’hui sur les « ressortissants » originaires des anciennes colonies.
Tout est fait pour diaboliser l’autre, le métèque, l’Arabe, le Noir, le musulman, les jeunes des quartiers, la chasse au narcotrafic, etc. Tout est prétexte pour changer le narratif et inverser les responsabilités. La violence, les bavures, le racisme sont alors légitimés dans un certain discours politique, rendant donc les abus policiers la norme !
Les citoyens français racisés, qu’ils soient dans la rue ou au sein même de la police, sont victimes d’un racisme de mentalité, d’un racisme institutionnel, d’un racisme systémique, systématique !
Ce racisme pue les relents colonialistes d’une autre époque et est le lit de toute cette violence et de ces a priori condescendants, humiliants, injustes.
Des a priori qui finissent par tuer.
Comment enrayer la spirale infernale ?
Le racisme est une construction lente. Il a une histoire récente et tant qu’on ne la regarde pas dans les yeux, tant qu’on laisse faire, on est condamné à répéter inlassablement les turpitudes de l’histoire.
Toute cette violence qui s’exprime du Nord au Sud à l’encontre de citoyens « moins nantis, plus défavorisés », c’est tout simplement un jeu de pouvoir.
Le dominant contre le dominé, la loi du plus fort. Le pouvoir devient sélectif autant que la sécurité citoyenne. Celle-ci n’est garantie que pour une certaine catégorie, celle à la bonne carnation, la nantie. L’autre, « citoyenne de seconde zone », ne jouit pas des mêmes libertés ou garanties de sécurité. Pire, elle est le bouc émissaire idéal, le danger pour la défense sociale. Les politiques, impuissants depuis des années face au contrat républicain, au projet de vie républicain, utilisent l’ultra-répression pour donner un semblant de « sécurité ».
Dans la République de l’Égalité et de la Fraternité, tout est un leurre.
Quand la société n’assure la sécurité que pour une catégorie, il y a lieu de s’inquiéter.
Quand on élève la voix, la théorie du complot réapparaît et les relents nauséabonds qui divisent les citoyens — « wokings » ou « islamo-gauchistes » — refont surface. Dénoncer les injustices revient à être traité de « troublion de l’ordre social » !
Le XXIe siècle en France n’est pas une guerre entre les classes et contre certaines races considérées de seconde zone.
C’est avant tout une guerre contre les injustices envers certaines « classes ».
Se réveiller, s’indigner, avoir le courage de parler de violences, d’abus des autorités censées nous protéger équitablement, est crucial.
Il faut installer des garde-fous, des frontières contre un pire éventuel. Et quand c’est la police, censée être un modèle pour tous, l’erreur est intolérable.
Des policiers qui violentent, insultent, abusent et finissent par tuer : zéro tolérance !
Quand le populisme et l’extrême droite battent leur plein dans diverses nations, il faut s’attendre au pire. La xénophobie et l’obscurantisme seront les armes véritables à combattre.
Nous aimons la France de la République, de la fraternité, de la mixité, celle du siècle des Lumières. Nous refusons le nihilisme, la violence banalisée, décomplexée.
La police a un rôle salutaire à jouer, mais selon un code et une éthique.
Stéphane LEMERCIER
Notre entretien avec Stéphane Lemercier, ancien capitaine de police à la retraite, et ses innombrables livres sur la thématique du racisme et des violences policières, sont autant de témoignages d’une réalité sordide à ne pas occulter.
Dans son ouvrage qui vient juste de sortir, « Policiers, réveillez-vous ! », il a le courage et le mérite d’exprimer une réalité intramuros, lui, l’homme de terrain. Il nous explique de l’intérieur ce que signifie réellement le métier quand il s’agit de servir la République.
Son dernier ouvrage, inspiré par Stéphane Hessel, Salomé Saqué ou encore Albert Camus, se présente comme un manifeste qui revendique son indignation, mais aussi une certaine prise de conscience sur les vertus et les codes moraux de la police.
Sous la forme d’un témoignage personnel, il s’adresse directement aux policiers : ceux qui doutent, ceux qui sentent que certaines lignes sont franchies, ceux qui refusent d’être réduits à de simples exécutants. Il démonte des paradigmes profondément ancrés comme la légitimation systématique de la violence, la confusion entre la force et l’ordre, et l’inversion des valeurs de liberté et de sécurité. Il redonne au policier une place centrale : celle d’un acteur responsable de l’État de droit, doté d’un esprit critique, capable de discernement et de retenue. Loin de prôner la désobéissance chaotique, l’ouvrage montre comment résister légalement, éthiquement et professionnellement, parfois par la rigueur, parfois par le refus silencieux, toujours par la fidélité aux principes républicains.
Ce récit est important car il montre que la police a un code moral et des vertus : ce ne sont pas « des poulets » qui imposent la loi du plus fort. Au contraire, « j’offre des repères clairs pour ne pas devenir, malgré eux, les instruments d’un affaiblissement démocratique », explique-t-il. Ce guide ne cherche pas à légitimer l’institution policière ; il cherche à la préserver, car une police privée de conscience est un danger pour les citoyens et pour la République, conclut-il.
Car la dérive autoritaire est bien le vrai cancer de nos sociétés actuelles. Et si nous ne pouvons rien faire contre les fractures sociales bien profondes qui gangrènent nos sociétés, les discriminations et les racismes multiformes qui continuent de sévir et de victimiser une certaine catégorie de Français, il nous reste tout au moins la vigilance et la réactivité. Il ne faut pas se taire, mais utiliser les médias sociaux et indépendants, comme UFFP ou autres, et faire porter nos voix le plus loin et le plus longtemps possible.
Il faut aussi installer un cadre juridique, même si l’on sait que les lois ne suffisent pas, car quand le politique met son poids pour les rendre caduques, c’est aussi une vraie impasse.