Le Moyen-Orient vit au rythme de la vision du «Grand Israël», évoquée par le criminel de guerre Netanyahu faisant allusion à des frontières bibliques du temps du roi Salomon qui engloberaient la Cisjordanie et une partie des territoires libanais, syriens, jordaniens et égyptiens. Éminemment messianique, cette «vision» dangereusement expansionniste ne doit laisser personne indifférent. Les attitudes et les opinions s’exacerbent sur un brasier ardent. Les surenchères conceptuelles se sont multipliées dans une arène où se sont retrouvés les savants et les incultes. Le terme «Grand Israël» est devenu la gymnastique privilégiée des langues et le sujet préféré des hommes de la plume, selon les convenances et les inconvenances. Plusieurs «faux sachants» jugent qu’il est nécessaire de mettre en exergue leur potentiel politique, historique, géopolitique, intellectuel et idéologique chaque fois qu’il est question de cette toquade, la plupart d’entre eux s’acharnent à annoncer leurs points de vue quelles que soient leurs assises cognitives ou aptitudes scientifiques.
Dans le tumulte de ce bouillonnement, de nombreuses œuvres écrites par de grands penseurs voient le jour parallèlement à celles d’arrivistes qui ont hâte de monter la scène à tout prix. Ainsi, les conceptions et les lectures déferlent, les réactions divergent et des différences notoires et incalculables sont apparues entre ceux qui ont mûrement réfléchi sur la question et la nature de ses mécanismes et ceux qui ont cédé à l’hébètement et aux sirènes du suivisme au mépris de toute causalité dialectique. Au point que certains ouvrages présentés prétentieusement par leurs auteurs comme contenant une nouvelle élaboration et reformulation de cette théorie expansionniste, ne font que patauger dans des titres de façade, creux et inconsistants, et dans des développements hors sujet.
Les évangéliques et les sionistes prêchent pour un éventuel retour du Christ qui dépendrait du retour du peuple hébreu à la «terre promise». Une foucade qui ne peut ni soutenir l’analyse raisonnable ni d’ailleurs se concilier avec la vérité historique. Une lubie glissée dans une composition de la Bible créée de toutes pièces au VIIIe siècle. Le théologien allemand Julius Wellhausen met en doute la fameuse traversée du Sinaï et la conquête de la Palestine par les Hébreux. L’historien Hichem Djaït affirme, de son côté, que «jusqu’à nouvel ordre, l’archéologie ne confirme ni la traversée du Sinaï ni celle du Jourdain pour prendre Jéricho et les autres villes de Palestine.» Cette distorsion biblique contient une foule d’absurdités et de contre-vérités, et les efforts que les sionistes et les évangélistes ont faits pour la concilier avec les vérités historiques n’ont abouti qu’à faire de l’histoire des Hébreux un chaos impénétrable. Le seul moyen d’en sortir est d’abandonner ce bobard.
D’un peuple en désarroi, exclu, méprisé, mis au ban de la collectivité et persécuté, concluaient les historiens, les juifs sont devenus colonialistes, envahisseurs, persécuteurs et génocidaires. Les colons extrémistes, soutenus par les évangélistes radicaux américains, croient qu’il leur faut reconquérir toute la Palestine et une partie des territoires libanais, jordaniens, syriens et égyptiens par la force comme leurs ancêtres. Mais ceux-ci, affirmait Hichem Djaït, n’ont rien conquis, «ils se sont seulement infiltrés. Et, plus tard, ils ont refusé l’Autre, en universalisant leur dieu national, par un pur décret de leur volonté et par esprit de compensation vis-à-vis de leur misère terrestre».
Plus précis, le fondateur de la sociologie compréhensive, Max Weber, soulignait que «le peuple hébreu, juif plus tard, a été fabriqué par des élites et des intellectuels et l’Histoire en a fait un peuple «paria» jusqu’à l’apparition du sionisme et la constitution d’une entité en Palestine».
En abordant des questions aussi délicates, il ne faut jamais se laisser séduire par les délires charlatanesques des politiciens extrémistes, car la déception n’en est que plus amère.