L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’apprête à organiser, demain jeudi 21 août, une manifestation nationale sur l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis et ce, à la suite d’une commission administrative nationale présidée par le Secrétaire général Noureddine Taboubi dont l’absence de la scène politique et syndicale avait alimenter les rumeurs autour de la stabilité au sein de la Centrale . L’événement se veut une réponse directe à ce que cette dernière considère comme des pressions et des tentatives de déstabilisation visant son rôle et ses acquis. Cette mobilisation intervient dans un contexte politique et social particulièrement tendu, marqué par des incidents récents, des décisions gouvernementales sensibles et des prises de position fermes au sommet de l’État.
UGTT : Le risque d’une fragilisation
Quelques jours avant l’annonce de cette manifestation, le siège central de l’UGTT a été la cible d’une agression perpétrée par ce que l’UGTT avait qualifié de « groupe criminel organisé ». Cet incident, qui a provoqué une forte réaction au sein des instances syndicales, a été dénoncé comme une atteinte directe à l’organisation et à son rôle historique dans la défense des travailleurs. L’acte a également contribué à nourrir un sentiment de pression et d’insécurité dans les rangs syndicaux, renforçant l’idée d’une volonté de fragiliser la centrale. D’ailleurs, plusieurs représentants d’organisations de la société civile se sont rendus en urgence à la place Mohamed Ali afin d’exprimer leur solidarité avec la direction de l’UGTT.
Par ailleurs, dans une récente allocution, le président de la République Kaïs Saïed a tenu à clarifier sa position. Tout en affirmant qu’il n’existait « aucune intention de régler des comptes avec l’UGTT ou avec une quelconque organisation », le chef de l’État a réitéré son engagement en faveur de la reddition des comptes et de la lutte contre toute forme de corruption. « Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il martelé, ajoutant que l’État est déterminé à récupérer « le moindre millime appartenant au peuple tunisien ».
Ces propos, largement commentés dans la sphère politique et syndicale, ont été interprétés comme une mise en garde visant certains responsables syndicaux, accusés par leurs détracteurs d’abus et de pratiques contraires à l’intérêt général.
En parallèle, le gouvernement a confirmé la suppression du système de détachement syndical, une mesure décidée depuis deux ans mais dont l’application effective suscite aujourd’hui de vives réactions. Ce mécanisme permettait à des responsables syndicaux de se consacrer exclusivement à leurs activités au sein de la centrale, sans exercer leurs fonctions professionnelles habituelles.
Pour l’UGTT, cette suppression est perçue comme une remise en cause d’un acquis historique et comme un affaiblissement de sa capacité organisationnelle. Les autorités, de leur côté, présentent cette mesure comme un pas vers une meilleure transparence et une rationalisation du fonctionnement administratif.
Une mobilisation en réponse aux pressions ressenties
Depuis plusieurs jours, les structures régionales de l’UGTT multiplient les communiqués appelant à la mobilisation et dénonçant les pressions exercées contre l’organisation. Ces appels circulent largement sur les réseaux sociaux, où s’est également propagée une rumeur persistante : celle d’une éventuelle dissolution de l’UGTT.
Certaines vidéos truquées, produites grâce à l’intelligence artificielle, ont contribué à alimenter ces spéculations. Le pouvoir a formellement démenti cette hypothèse, affirmant que la centrale n’est pas menacée dans son existence mais que certains comportements individuels doivent être jugés.
L’affaire divise l’opinion publique. Pour une partie des Tunisiens, l’UGTT reste un acteur social et politique incontournable, porteur d’une longue histoire de luttes et de médiation nationale. D’autres estiment toutefois nécessaire de distinguer l’institution elle-même des pratiques de certains dirigeants jugés excessives, et considèrent la position de l’État comme un effort pour rétablir l’ordre et l’égalité devant la loi.
La mobilisation prévue pour le 21 août s’inscrit donc dans un bras de fer de plus en plus visible entre l’UGTT et le gouvernement. Elle vise à démontrer la capacité de la centrale à mobiliser ses bases et à rappeler son poids dans la scène politique et sociale tunisienne. Son issue pourrait conditionner l’évolution des rapports entre l’organisation et l’État dans les semaines à venir, entre confrontation ouverte et recherche d’un nouvel équilibre.