Depuis la prison civile de Mornaguia, le journaliste Borhene Bsaies a adressé, le 27 janvier 2026, une lettre à l’opinion publique, transmise par son avocat Sami Ben Ghazi. Dans ce message, publié par son épouse Salouaa Noomen, Borhene Bsaies revient sur son parcours judiciaire, ses conditions de détention et les répercussions de son incarcération sur sa famille.
Dans sa lettre, Borhene Bsaies estime que son affaire dépasse le cadre personnel et s’inscrit, selon lui, dans un contexte plus large lié à l’évolution de la liberté d’expression en Tunisie.
Le journaliste rappelle avoir été poursuivi et condamné sur la base du décret-loi n°54 relatif aux infractions liées aux systèmes d’information et de communication. Il indique avoir purgé une peine de huit mois de prison, avant de faire l’objet d’un nouveau placement en détention dans une autre affaire, quelques jours avant la fin de sa précédente peine.
Il considère que cette succession de procédures a prolongé sa privation de liberté et installé un sentiment de continuité dans les sanctions prononcées à son encontre.
Dans son message, Borhene Bsaies évoque également les poursuites engagées contre lui pour des infractions à caractère fiscal. Il affirme que les faits qui lui sont reprochés relèvent, selon lui, de simples irrégularités administratives, qui auraient été requalifiées en accusations plus lourdes, notamment en matière de blanchiment d’argent.
Il estime que ces poursuites sont liées à son activité journalistique et à ses prises de position publiques, exprimées en dehors des courants dominants.
Le journaliste revient longuement sur les conséquences économiques de son incarcération. Il évoque la confiscation d’une somme de 80 000 dinars, qu’il présente comme des économies familiales constituées sur plusieurs années.
Dans sa lettre, il exprime ses regrets vis-à-vis de son épouse et de sa famille, estimant que cette situation a fragilisé leur équilibre financier. Il précise que son épouse ne dispose pas d’autres sources de revenus et que la famille se trouve aujourd’hui dans une situation précaire.
Il souligne également l’impact de son absence sur ses proches, notamment sur son petit-fils, privé, selon lui, d’une relation régulière avec son grand-père.
Borhene Bsaies indique être soumis à un régime de détention particulier, en raison d’un classement spécifique établi par l’administration pénitentiaire. Selon ses propos, ce classement limite ses droits de visite et impose des rencontres derrière une vitre, sans contact direct avec ses proches.
Il affirme être privé de visites physiques avec son épouse, ses enfants et son petit-fils, ce qui complique, selon lui, son quotidien en détention.
Un appel à préserver les familles
Dans la dernière partie de sa lettre, le journaliste rappelle que la peine devrait, en principe, être individuelle et ne pas affecter l’entourage du détenu. Il appelle les autorités à épargner les familles des conséquences indirectes des sanctions judiciaires.
Il illustre son propos par une référence historique à la période hafside, évoquant un épisode qu’il présente comme un exemple de séparation entre les conflits politiques et la protection des proches.
Pour rappel, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné, le vendredi 23 janvier 2026, Borhene Bsaies et l’avocate Dalila Msaddek à 15 jours de prison assortis d’une amende, sur la base du décret-loi 54, dans une affaire liée à leurs déclarations sur le dossier dit de « complot contre la sûreté de l’État ».
Par ailleurs, la veille, la même juridiction avait condamné Borhene Bsaies et le journaliste Mourad Zghidi à trois ans et demi de prison, accompagnés d’amendes, pour des accusations d’évasion fiscale et d’infractions à caractère financier.