Des bus fantômes aux gares désertes : la déroute du transport public à Sousse

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Jamais le transport public dans le gouvernorat de Sousse n’a traversé une crise d’une telle ampleur que celle vécue ces dernières années, et plus particulièrement en 2025. Ce qui se passe aujourd’hui ne relève plus d’une simple défaillance conjoncturelle, mais d’une véritable faillite structurelle qui illustre l’abandon progressif d’un service public pourtant vital pour des centaines de milliers de citoyens.

La Société du transport du Sahel (STS) incarne tristement ce naufrage. Avec un taux de préparation du parc qui plafonne à 60 %, la compagnie peine à mettre en circulation 162 bus pour desservir 207 lignes scolaires et universitaires réparties sur trois gouvernorats : Sousse, Monastir et Mahdia. Autrement dit, l’offre est structurellement inférieure à la demande, et la situation s’aggrave de mois en mois.
L’arrivée de 32 bus chinois, que la direction avait présentée comme une solution miracle, n’a été qu’un écran de fumée. Ces véhicules ne peuvent même pas satisfaire les besoins d’un seul gouvernorat, voire d’une seule délégation. L’exemple de Kalaâ Kébira est frappant : cette ville de plus de 60 000 habitants, dont 13 000 élèves et des milliers d’ouvriers et fonctionnaires, est quasiment laissée pour compte. L’an dernier, les élèves, exaspérés, avaient dû descendre dans la rue pour manifester contre la quasi-absence de bus, signe éclatant du décalage entre les promesses et la réalité.

Le désert ferroviaire
Si le transport routier tangue, le transport ferroviaire, lui, s’effondre. A Sousse, ville historiquement liée au rail, les habitants assistent impuissants à la marginalisation progressive de leur gare, autrefois symbole de modernité, aujourd’hui transformée en coquille vide. La Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) multiplie les suppressions de trains au départ ou à destination de la région, jusqu’à priver Sousse de son rôle stratégique.
Les protestations des usagers se sont succédé, mais les autorités locales et nationales se murent dans un silence méprisant. Les revendications des passagers, souvent des fonctionnaires et des cadres contraints de travailler à Tunis tout en vivant à Sousse, sont traitées comme une gêne, voire comme une erreur de citoyenneté. Dans les pays développés, le transport est conçu pour relier efficacement les régions à la capitale et permettre aux citoyens de concilier vie professionnelle et enracinement local. En Tunisie, c’est l’inverse : les autorités semblent punir ces citoyens pour leur choix de vie, en les privant d’un droit fondamental inscrit dans la Constitution — un transport digne, sûr et respectueux de la dignité humaine.
La dernière humiliation en date remonte à lundi, lorsque les passagers se sont rassemblés à la gare de Kalaâ Kébira pour protester contre la suppression, depuis plus d’une semaine, de la liaison directe Sousse–Tunis aller-retour  (12/79 et  5/52). Une suppression d’autant plus scandaleuse qu’elle reste inscrite au programme officiel, comme si l’on voulait ajouter la désinformation au mépris. Des dizaines de voyageurs, venus de Kondar, Akouda, Hammam Sousse, Khezama ou encore Sahloul, se sont retrouvés à exprimer leur colère… mais sans écho. Les décideurs, retranchés dans leurs bureaux, continuent de camper sur leur décision, insensibles aux cris de détresse de ceux qui subissent chaque jour leur nonchalance.

Un service public sacrifié
Ce double naufrage, routier et ferroviaire, témoigne d’un désengagement flagrant de l’Etat dans une mission essentielle. Le transport public, censé être un outil d’égalité et de cohésion sociale, est devenu un calvaire quotidien pour les habitants de Sousse. Les responsables invoquent la crise économique pour justifier leur immobilisme, mais derrière cette excuse se cache une absence totale de vision.
Ce qui se joue à Sousse n’est pas un simple problème de bus ou de trains supprimés. C’est le symbole d’une gouvernance qui a renoncé à penser le transport comme un droit citoyen. En refusant de réagir, les responsables enterrent peu à peu le rôle stratégique de la région et la condamnent à un isolement indigne d’une Tunisie qui prétend encore marcher vers le développement.

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