Non, la police algérienne n’a pas arrêté trois hommes déguisés en moutons tentant d’entrer en Espagne. Cette histoire est une fausse information, recyclée une énième fois, illustrée par des images générées par intelligence artificielle.
Depuis quelques jours, des publications virales affirment que des hommes de nationalité algérienne se seraient cachés dans un camion de bétail, vêtus de costumes de mouton, afin de passer clandestinement vers l’Espagne. La scène est présentée comme une opération déjouée par la Police algérienne, avec à la clé des poursuites pour fraude à l’immigration et même cruauté envers les animaux.
Le récit est spectaculaire, absurde juste ce qu’il faut pour accrocher. Trop, justement.
Les publications situent l’événement en février courant. Problème majeur : les premières versions de cette histoire et les images associées circulent sur le web depuis plusieurs semaines auparavant, parfois sous forme de mèmes, parfois comme simple illustration humoristique. La date est donc ajoutée a posteriori pour donner une illusion d’actualité. C’est une technique classique de désinformation.
Deuxième point décisif : aucun média officiel ou reconnu, ni en Algérie ni en Espagne, n’a rapporté un tel fait.
Ni communiqués des autorités, ni dépêches d’agences, ni couverture par des médias locaux ou internationaux.
Silence total, y compris du côté de la Guardia Civil, pourtant directement concernée par toute tentative d’entrée irrégulière.
Dans les affaires migratoires réelles, surtout aussi insolites, la trace médiatique existe toujours. Ici, elle est inexistante.
L’analyse visuelle enfonce le clou. Les images montrent plusieurs anomalies caractéristiques de l’IA générative :
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proportions corporelles incohérentes ;
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pattes de mouton se transformant en jambes humaines ;
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textures de « laine » artificielles et répétitives ;
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absence de logique anatomique et vestimentaire.
Ces images ne documentent rien. Elles illustrent une idée, comme le ferait une caricature.
Si cette histoire circule autant, ce n’est pas par hasard. Elle joue sur le registre de la comédie absurde, elle détourne un sujet sérieux — la migration — en spectacle tout en flattant le sensationnalisme des réseaux sociaux au détriment des faits.