La nouvelle instance iranienne chargée de superviser le détroit d’Ormuz a affirmé mercredi que sa zone d’influence s’étend désormais jusqu’aux eaux situées au sud du port émirati de Fujaïrah, une infrastructure clé permettant aux Émirats arabes unis de contourner un éventuel blocus du détroit.
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février dernier à la suite d’une offensive israélo-américaine, Téhéran exerce un contrôle effectif sur cette artère maritime essentielle au transit mondial du pétrole. Bien qu’un cessez-le-feu soit en vigueur depuis le 8 avril, les autorités iraniennes maintiennent l’obligation pour tout navire souhaitant emprunter le détroit d’obtenir un feu vert préalable auprès de leurs forces armées.
L’« Autorité du détroit du Golfe Persique », fraîchement créée et désormais présente sur le réseau social X, a publié mercredi un message agrémenté d’une cartographie. Selon ce document, le périmètre réglementaire de l’instance couvre, côté est, « de Kuh-e Mubarak en Iran jusqu’au sud de Fujaïrah aux Émirats arabes unis ». Côté ouest, il s’étendrait « de l’île de Qeshm à Umm Al-Quwain ». L’autorité précise que tout transit dans cette zone en vue de franchir le détroit d’Ormuz nécessite une coordination avec elle et l’obtention de son autorisation.
Anwar Gargash, conseiller du président émirati, a vivement critiqué cette initiative sur X, la qualifiant de pure « chimère ». Selon lui, « le régime (iranien) tente d’imposer une nouvelle réalité née d’une défaite militaire évidente », mais ses velléités de prise de contrôle sur le détroit ou d’empiétement sur la souveraineté maritime des Émirats resteront vaines.
Abou Dhabi ne reste pas les bras croisés. Vendredi dernier, la capitale émiratie a annoncé l’accélération de la construction d’un nouvel oléoduc Ouest-Est, destiné à doubler la capacité de transport de la compagnie publique Adnoc via le terminal de Fujaïrah. Ce projet devrait entrer en service en 2027. Un premier oléoduc de 360 kilomètres relie déjà Habshan, dans l’ouest du pays, à Fujaïrah, situé sur le golfe d’Oman, au sud du détroit. Depuis le début du conflit, les installations pétrolières de Fujaïrah ont été la cible de frappes répétées, et les monarchies du Golfe ont renforcé leur coopération logistique tout en repensant leurs routes d’acheminement des hydrocarbures.
Par ailleurs, la marine des Gardiens de la révolution, fer de lance idéologique de l’appareil militaire iranien, a déclaré mercredi avoir autorisé plus de 25 navires – dont des pétroliers, à traverser le détroit au cours des dernières 24 heures. Ces bâtiments auraient franchi la zone après une « coopération » avec les forces iraniennes.