Dé“trump”ez-vous !

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À l’issue de la deuxième guerre punique en 149 avant J.C, Carthage avoua qu’il fallait obtenir la paix avec Rome. Celle-ci l’accorda aux conditions qu’elle avait prescrites. Mais au milieu de cette «capitulation», Rome ne pouvait voir, sans sentiment de haine viscérale, subsister, quoique battue,  son éternel ennemi. Elle en résolut donc la ruine, et elle lui déclara la guerre sous prétexte que, contre la teneur du dernier «Plan de Paix», Carthage avait attaqué Massinissa, allié de Rome. Ainsi périt Carthage malgré la signature d’un «Plan de capitulation».
L’histoire ne se répète pas, mais elle se pense, et entre autres par analogie. Ainsi, les contradictions disparaissent, les dates se concilient, les évènements se développent sans confusion et se succèdent sans embarras, et l’on n’est plus condamné à éviter la vue aux fantômes de l’Histoire quand ils s’invitent aux balcon de l’événement orchestré à Charm el-Cheikh où Donald Trump a imposé sa «Paix». La comparaison est tentante. D’abord, le «Plan Trump» est un cessez-le-feu, pas un véritable «Plan de Paix». De plus, aucune condition n’est fixée à Israël qui peut, à tout moment, le violer et reprendre ses crimes de guerre, surtout maintenant que la résistance palestinienne a libéré les otages. Effectivement, quelques heures seulement après la signature de ce «Plan», le gouvernement israélien décrète que les Palestiniens n’ont pas respecté leurs engagements et donne ordre à ses troupes de repartir à l’assaut.
Voilà, donc, un «Plan de Paix» qui récompense les génocidaires et les criminels de guerre et punit les victimes en les menaçant d’un nouveau génocide s’ils ne se rendent pas au bourreau.
Telle est, en substance, l’une des conditions exigées par ce plan : plutôt d’arracher aux Palestiniens leur droit de vivre sur leur terre comme l’ont fait les génocidaires, ce plan les amène à y renoncer.
Ce qui est merveilleux dans l’Histoire, c’est sa capacité, époques après époques, à renouveler les thèmes, autrement dit à faire du neuf avec du vieux. Le concept de «paix» au Moyen-Orient fait l’objet, depuis la création de l’entité sioniste en Palestine, d’un usage malhabile. Il est devenu facile et politiquement rentable en Occident de faire triompher cette «bonne dimension» qui modèle la tragédie, c’est-à-dire celle qui consiste à disséquer le langage colonialiste afin de donner un sens ambigu à certains mots et faire passer la capitulation à une «Paix». Sans sombrer dans un «humanisme béat». Est-ce cette impuissance devant «la loi du plus fort» qui a conduit plusieurs pays arabes et musulmans à accepter ce «Plan», avec ses zones d’ombre et ses pièges ?
La réponse est simple : pour plaire à Trump et tempérer la colère de leurs peuples, ils se sont jetés dans la mare sans égard au droit des Palestiniens.
L’Histoire des guerres nous a appris qu’il faut toujours résister deux fois : d’abord, à l’illusion d’une paix délivrée de ses conditions, ensuite à la réduction de la paix à ces conditions.
Qu’on ne s’y trompe pas. Donald Trump n’est pas un homme de paix, mais un faucon extrémiste, guère préoccupé par la paix, et partisan de la manière forte. Il n’a que faire de principes moraux. Seul compte l’exercice de la force, partout où les États-Unis et Israël le jugent nécessaire, sans égard au droit international dont ils n’en ont cure.
La Paix est impossible si on laisse se répandre dans les méandres de la mémoire collective des peuples le venin de l’impunité. Elle est encore impossible si on récompense les génocidaires et qu’on renforce le colonialisme. Passer à la paix juste au Proche-Orient suppose donc la reconnaissance d’un Etat palestinien, indépendant et souverain.

Il va sans dire que l’Histoire humaine ne manque pas de combats inégaux qui ont abouti, mais le «Plan Trump» tend à annuler cette hypothèse. Heureusement que la résistance palestinienne a signé sur le champ de bataille une partition d’une profondeur stratégique inimaginable dont la leçon dit plus que les affres des espoirs perdus de Trump et de son protégé, le criminel de guerre Netanyahu.

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