Devant un public particulièrement nombreux et dans une salle affichant complet, le spectacle « Dhekrayet » (Souvenirs) présenté vendredi 31 octobre par le Club Sombati de la musique arabe de Sousse a connu un véritable triomphe. Pendant plus de deux heures, le Théâtre municipal de Sousse a vibré au son de mélodies intemporelles, sublimées par des voix à la fois douces, puissantes et captivantes. L’ambiance était à la fois chaleureuse et empreinte d’une émotion palpable, tant les artistes ont su instaurer une connexion sincère avec le public.
Le spectacle a été ponctué par plusieurs moments forts, notamment quatre prestations individuelles remarquées. La jeune Ines Khlijani, qui rejoignait pour la première fois le groupe, a conquis l’audience par une interprétation sensible et élégante de « Imta Ha Taaraf » d’Ismahane. Puis, Nébil Khélifa a enchaîné avec « Zina », morceau de Férid Latrach interprété avec justesse et intensité. La troisième chanson, « Ifrah Ya Qalbi » d’Oum Kalthoum, a été magnifiquement rendue par Nourhène Knani, qui a su transmettre toute la profondeur émotionnelle de cette œuvre mythique. Enfin, Mohamed Tlili a clos cette série de solos en interprétant avec passion « Ahebbak » d’Abdelhalim Hafez, offrant un moment d’une grande délicatesse artistique.
L’ensemble du concert, soutenu par seize instrumentistes et trente choristes (dix-huit femmes et douze hommes) a su recréer une atmosphère de rêve et de nostalgie, plongeant les spectateurs dans les souvenirs dorés de la musique arabe classique. Guidés par la baguette inspirée du maestro Sofiene Khechine, les musiciens ont tissé des instants d’émotion pure, où chaque note semblait raconter une histoire. Chaque morceau, minutieusement choisi et interprété avec rigueur, témoignait du haut niveau artistique du Club Sombati, dont le travail d’arrangement et d’harmonisation mérite d’être salué.
Cependant, ce succès éclatant met en évidence de nouveau le manque criant d’espaces culturels adaptés à Sousse, capables d’accueillir un public aussi nombreux et passionné. La demande culturelle y est manifeste, et des structures plus vastes et modernes permettraient sans doute d’accompagner ce dynamisme artistique croissant.
La soirée s’est conclue par un moment d’émotion intense avec un hommage rendu à Ziad Rahbani, compositeur de génie et fils de la grande Fayrouz, disparu le 26 juillet dernier. Pour la première fois, les œuvres emblématiques de Fayrouz ont été interprétées en version chorale, offrant un final d’une rare beauté. Ce vibrant hommage a permis de saluer à la fois la mémoire d’un grand créateur et l’héritage musical inestimable qu’il laisse derrière lui, confirmant ainsi que « Dhekrayet » n’était pas seulement un concert, mais un véritable voyage dans l’âme et la mémoire de la chanson arabe.
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