Quand une œuvre cinématographique met le doigt sur un sujet dont beaucoup de femmes souffrent en silence, le cinéma est parfois plus qu’un art. Il devient un miroir tendu à la société, un reflet des zones d’ombre que l’on préfère souvent ignorer.
Mohamed Khalil Bahri, le réalisateur du film, ne filme pas seulement l’histoire d’un couple en difficulté, mais montre comment une relation peut devenir une forme d’emprise invisible, sans violence apparente, qui ne laisse ni bleus ni fractures, mais qui altère lentement l’identité. Le film dépasse le simple cadre du drame conjugal.
Il explore sans concession les mécanismes psychologiques d’une relation conjugale toxique, révélant la violence silencieuse.
À travers l’histoire de Saeed et de sa femme Donya, le film expose un cauchemar émotionnel que trop de femmes vivent en silence : celui d’une relation où la peur, le déni et la dépression empêchent de vivre normalement.
Donya, d’abord confiante et vivante, se retire peu à peu dans un monde intérieur fait de peur, de doute et d’incapacité à affirmer ses désirs ou ses besoins. C’est ce passage de l’espoir à la dépression, du déni à la reconnaissance progressive de l’emprise, qui fait toute la puissance émotionnelle du film.
Les scènes où Saeed exerce un contrôle psychologique sur Donya, non pas par violence physique mais par domination morale, sont parmi les plus troublantes du récit. Elles mettent en lumière une forme de terrible oppression.
L’un des axes les plus intéressants du film réside dans la notion d’isolement progressif. Donya ne se retrouve pas enfermée physiquement, mais psychologiquement coupée du monde, où l’espace du chalet devient un territoire d’enfermement mental. Le décor n’est pas neutre. Il reflète l’état intérieur du personnage.
Le film ouvre une conversation essentielle sur la violence psychologique et les relations toxiques. Il trouve sa force non seulement dans ce qu’il montre, mais dans ce qu’il invite à repenser : la façon dont on écoute, on voit, on juge ou on excuse certaines formes d’abus parce qu’elles ne laissent pas de traces visibles. Au-delà de ses limites narratives ou stylistiques, Donya mérite donc d’être vu, non seulement comme un film, mais comme un outil de sensibilisation et une invitation à aborder ce sujet sensible.
Cependant, malgré la justesse du sujet et l’intensité psychologique qu’il dégage, Donya peine parfois à dépasser certains clichés narratifs. La progression de l’histoire, bien qu’efficace, reste parfois trop linéaire, laissant peu de place à une plus grande nuance dans l’interprétation des personnages masculins et dans la transformation de Donya. De même, certains éléments du scénario semblent trop symboliques ou attendus, au point de réduire la complexité psychologique de l’expérience humaine à des archétypes un peu familiers.
Finalement, Donya n’est pas un film spectaculaire. C’est un film inconfortable. Et c’est précisément là sa valeur. Il oblige à regarder ce que l’on préfère souvent minimiser. Cela permet au spectateur de poser une question dérangeante : combien de femmes vivent dans cet état suspendu entre déni, peur et fatigue émotionnelle ? Combien refusent la relation intérieurement tout en continuant à la subir extérieurement ? Le film ne donne pas de réponses définitives, mais il ouvre un débat nécessaire dans la société.
Khouloud Azzabi