Une vague d’acharnement s’abat depuis quelques jours sur le jeune artiste syrien connu sous le nom d’El Chami. Une campagne de moqueries et de dénigrement alimentée par des extraits de concerts où des adolescentes montent sur scène, exprimant leur enthousiasme de manière certes débordante… mais somme toute anodine.
Et pourtant, l’artiste se retrouve au coeur d’unecampagne de dénigrement. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas une figure encore connue de la génération Y ? Parce que certains découvrent à peine son nom et que cette ignorance devient, étrangement, un argument pour le décrédibiliser : « C’est qui ce type ? On n’en a jamais entendu parler ! »
Mais depuis quand le fait de ne pas connaître quelqu’un suffit-il à le disqualifier ?
El Chami n’est pas sorti de nulle part. Réfugié syrien ayant fui la guerre, il s’est installé en Türkiye où il a bâti sa carrière à la force du talent et de la passion . À 22 ans, il cumule près d’un milliard et demi de vues sur YouTube. Un chiffre vertigineux qui témoigne d’un engouement bien réel, même si certains refusent de le reconnaître.
Sa chanson « Ya Leil w Yel Ein », largement reprise sur TikTok, vous l’avez sûrement déjà entendue sans savoir qui la chantait. Et c’est là toute l’ironie : il fait partie de la bande-son du quotidien de milliers de jeunes, mais son visage reste inconnu de ceux qui se targuent de « goûts sûrs ».
Ce réflexe de rejet n’est pas nouveau. Souvenez-vous : dans les années 90, les adolescents vibraient au son de Ragheb Alama, Fadhel Chaker, Sherine ou Elissa, pendant que leurs parents regrettaient Abdel Halim et Oum Kalthoum. Aujourd’hui, ces mêmes stars sont devenues des légendes aux yeux de cette génération.
Et si El Chami et d’autres artistes de sa trempe étaient simplement les voix de la nouvelle génération ? Doit-on systématiquement rejeter ce qu’on ne comprend pas ? Pourquoi cette crispation à chaque fois que de nouveaux visages émergent et bousculent nos repères ?
Ce qui est plus grave encore, c’est la tournure que prend cette « critique ». Ses photos sont massivement partagées sur les réseaux sociaux accompagnées de commentaires moqueurs voire d’insinuations douteuses sur ses orientations sexuelles et d’attaques personnelles violentes. Ce n’est plus de la critique, c’est du lynchage en ligne, avec tout ce qu’il peut comporter de haine gratuite.
Même s’il faut questionner certains débordements du public, cela ne justifie en aucun cas qu’on l’attaque lui, en tant qu’individu.
Ne pas aimer un artiste, c’est un droit. Ne pas partager les goûts d’un public plus jeune, c’est tout à fait normal. Mais l’attaque systématique, le sarcasme blessant, le mépris affiché… tout cela en dit plus sur les critiques que sur l’artiste.
Pourquoi ne pas faire preuve de curiosité ? Lire, écouter, comprendre le parcours d’un chanteur avant de juger. Pourquoi ne pas simplement laisser les gens aimer ce qu’ils aiment, sans y voir une menace ?