Énergie: Le rapport de l’Observatoire national dresse l’état des lieux du secteur énergétique

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Le rapport « Perspectives énergétiques, octobre 2025 » de l’Observatoire national de l’énergie et des mines dresse un état des lieux contrasté du secteur. La production d’électricité tunisienne a augmenté de 4 % sur un an pour atteindre 17 499 gigawattheures. Néanmoins, cette hausse masque des difficultés profondes, car les ressources énergétiques primaires du pays ont baissé de 9 % pour s’établir à 2,9 millions de tonnes équivalent pétrole. Cette situation a pour conséquence directe une aggravation du déficit du bilan énergétique primaire, qui s’est accru de 16 % pour atteindre 5,3 millions de tonnes équivalent pétrole.

La structure du mix énergétique confirme la dépendance continue de la Tunisie aux combustibles fossiles. Le pétrole et le gaz représentent ainsi environ 70 % des ressources primaires. Pourtant, la production nationale de ces deux piliers est en recul : celle de pétrole a diminué de 11 % et celle de gaz naturel de 10 %. Un autre élément affecte le bilan : les droits de transit du gaz algérien via le gazoduc Transmed, que la Tunisie perçoit comme compensation, ont été réduits de 12%. L’ensemble de ces baisses explique la chute du taux d’indépendance énergétique, qui est passé de 41 % à 35 % en un an. Sans la prise en compte du transit algérien, ce taux serait même de seulement 27 %.
Face à ce recul des hydrocarbures, la production d’électricité primaire, qui inclut les renouvelables, a progressé de 12 %. Cependant, cette progression part d’un niveau très bas. En effet, l’électricité issue de sources renouvelables ne constitue que 3 % des ressources énergétiques primaires totales du pays. Cette part marginale illustre l’écart entre la situation actuelle et l’objectif fixé par les autorités, qui est de produire 35 % de l’énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2035. Parallèlement, le gouvernement et la Banque mondiale ont conclu un accord de financement de 430 millions de dollars pour le programme TEREG. Ce programme vise à mobiliser 2,8 milliards de dollars d’investissements privés afin d’ajouter 2,8 gigawatts de capacités solaires et éoliennes d’ici 2028, avec pour but de réduire les coûts de l’électricité de 23 %.

La convergence d’une production nationale en baisse et d’une demande intérieure en hausse pose un défi structurel. Le déficit énergétique pèse directement sur la balance commerciale et la stabilité des finances publiques, dans un contexte de subventions et de volatilité des prix internationaux. Le projet d’interconnexion électrique sous-marine ELMED avec l’Italie, prévu pour 2028, est présenté comme un outil pour sécuriser les approvisionnements et intégrer les énergies vertes. Toutefois, ce type de partenariat suscite également des débats sur les modèles de développement et de souveraineté énergétique. Les données de l’Observatoire indiquent ainsi que la trajectoire actuelle, si elle n’est pas infléchie, pourrait accentuer la vulnérabilité du pays aux facteurs externes, alors que l’objectif affiché est de renforcer son autonomie.

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