Enfin … l’islamisme sioniste !

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Un tel titre peut prêter à équivoque dans la mesure où plusieurs lecteurs pourraient aisément nous rétorquer : mais comment associer, presque de façon organique, l’islamisme au sionisme alors que le premier n’a de sens que s’il est l’antidote du poison sioniste ? Quoi qu’il en soit, mon but ici n’est nullement d’entrer dans de vaines polémiques ni dans des accusations stériles. Que nous le voulions ou non, le problème ne se limite pas à la dénonciation d’une dérive extrêmement dévoilée. Il participe d’un nouveau prosélytisme islamo-sioniste des plus dangereux. Sinon, comment expliquer le fait que le président américain Donald Trump reçoive, avec les honneurs, l’ancien djihadiste Ahmed al-Charaa, plus connu sous son nom de terroriste, Abu Mohammed al-Joulani, fondateur de la branche syrienne d’Al-Qaïda, qui fut détenu par l’armée américaine en Irak et dont le mandat de capture par Washington s’élevait autrefois à dix millions de dollars ? Et pourquoi le président américain a-t-il conditionné la suspension de toutes les sanctions contre la Syrie à la normalisation des relations avec l’État sioniste ? Et comment expliquer que l’ancien islamiste djihadiste Al-Charaa a reconnu officiellement l’élaboration d’un accord de normalisation avec l’entité sioniste et que Trump a assuré solennellement que son «hôte» est prêt à rejoindre les «accords d’Abraham» ?
Les mots ne sont pas de simples bulles de savon, surtout lorsqu’ils sont prononcés par un dirigeant américain aussi impérieux que Donald Trump.
Au regard de l’Histoire, al-Charaa apparaît donc comme celui qui s’est laissé berner. Mais, par quelle mystérieuse alchimie des faits historiques se résigne-t-il à cette capitulation ? De quelle légitimité s’autorise-t-il ? De quelle aliénation religieuse témoigne-t-il ? Il faut renouer la chaîne brisée des épisodes sombres de l’Histoire du Monde arabe, réactualiser, parachever le passé par un retour aux sources de ces sauvages obscurités pour avoir une chance de trouver des réponses. Est-il plutôt du genre Hussein ben Ali, qui fut Chérif de la Mecque et Roi du Hijaz et qui a livré, sur ordre de son conseiller militaire (political officer) Lawrence d’Arabie, la Mésopotamie au commandant britannique Frédérick Maude et Jérusalem au général Edmund Allenby ? La question est ouverte. Quoi qu’il en soit, les acteurs de la terreur au nom de l’Islam, depuis plusieurs siècles, sont forcément atteints d’une pathologie rare et atroce qui les pousse à trahir leurs peuples. Il n’est pas besoin d’avoir lu l’Histoire arabe au dix-neuvième siècle et de connaître la traîtrise de Hussein ben Ali qui finit exilé à Chypre, pour savoir qu’on ne peut indéfiniment compter sur les ennemis de la Nation pour faire bonne figure sur la scène internationale. On ne peut s’empêcher, alors, de mettre en parallèle Hussein ben Ali et Ahmed al-Charaa, aussi traîtres, aussi encloués dans le charlatanisme et la cagoterie et aussi caméléonesques l’un que l’autre. L’islamisme inféodé apparaît, à travers le nuage brumeux de son passé et le métaphorique écran de fumée de son présent, comme une sorte de canalisation d’égouts, effrayant, aveugle, dans lequel traîtrise et trahison se succèdent.
Je comprends que cette analyse puisse susciter des réserves, voire une levée de boucliers, dans un monde arabe qui refuse de reconnaître les obscurités de son passé dont chacun voudrait bien éviter la vue.
Tout est opaque et mystérieux. Une atmosphère interlope commence à défiler dans la région, mais la réalité sur le terrain est plus claire. D’abord, parce que, contrairement au calcul de Washington, Tel-Aviv et quelques capitales arabes associées aux «accords d’Abraham», la Syrie tarde à tomber comme un fruit mûr dans les bras des islamistes djihadistes. Les pouvoirs dans ces capitales pourraient bien avoir sous-estimé le sentiment antisioniste dans ce pays et l’ancrage du nationalisme laïc dans la population où la colonisation ottomane et française et le soutien des États-Unis aux crimes sionistes et à l’annexion du Golan ont laissé plusieurs mauvais souvenirs.

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