Entrée pour un simple mal de gorge, sortie sans vie: La famille de Nawres Achour (27 ans) dénonce un cas de négligence médicale 

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Une jeune femme de 27 ans est décédée le 2 janvier courant à l’hôpital régional Mohamed Taher Maamouri à Nabeul 20 jours après son admission. Sa famille accuse l’établissement de graves manquements et réclame l’ouverture d’une enquête administrative et judiciaire.

Nawres Achour, connue sous le prénom de Nadine dans son entourage, travaillait comme vendeuse dans une pharmacie à Bou Argoub. À quelques semaines de son mariage, elle préparait activement cette nouvelle étape de sa vie. Rien, selon sa famille, ne laissait présager une issue dramatique.

Une journée ordinaire qui vire au drame

Le matin du 12 décembre 2025, Nawres mène une vie normale. Dans un témoignage accordé à Réalités Online, sa sœur Nada Achour raconte avoir échangé avec elle par téléphone. Nawres se plaignait simplement de douleurs à la gorge, qu’elle attribuait à un refroidissement lié au changement de temps. Elle envoyait encore des messages vocaux, plaisantait et parlait des préparatifs de son mariage.

Quelques heures plus tard, son état se dégrade. En soirée, leur père la conduit au service des urgences de l’hôpital Mohamed Taher Maamouri à Nabeul. Il est environ 23h30 lorsqu’elle y arrive. Nawres souffre d’un gonflement et de douleurs à la gorge et se plaint surtout de difficultés respiratoires.

Une consultation contestée

Selon la famille, le médecin résidente qui la reçoit l’interroge sur les médicaments pris. Nawres explique avoir pris un seul comprimé d’un antibiotique courant, largement délivré dans les pharmacies même sans ordonnance. Nada précise que sa sœur n’était allergique qu’à la pénicilline et qu’elle le savait, compte tenu de son travail en pharmacie.

Malgré ses difficultés respiratoires, la saturation en oxygène est mesurée à 97 %, un taux jugé proche de la normale. Le médecin estime alors que la situation ne justifie pas une prise en charge urgente et l’invite à rentrer chez elle, sans lui administrer d’autres traitements.

Toujours selon le récit de sa sœur, Nawres insiste pourtant sur son malaise et sur son incapacité à respirer normalement. La réponse qu’elle reçoit est jugée comme humiliante, la médecin aurait lancé, sur un ton ironique :« Tu veux que je te fasse un trou dans la gorge pour respirer ? »

Un effondrement devant les urgences

Convaincue par son père de suivre les recommandations du médecin, Nawres quitte le service pour rejoindre la voiture stationnée à quelques mètres. Elle n’y parviendra jamais. Elle s’effondre avant d’y arriver.

Des citoyens présents sur place la transportent en urgence à nouveau à l’intérieur du service. Là, selon la famille, le médecin aurait réagi avec légèreté, lui disant : Quoi, tu as eu un malaise ? Allez, réveille-toi. Mais Nawres ne se réveille pas. Ses lèvres commencent à bleuir. Son cœur s’arrête.

Une réanimation tardive et des séquelles irréversibles

Les équipes médicales entament alors les manœuvres de réanimation, avec usage du défibrillateur. Le cœur repart, mais après environ 12 minutes d’arrêt cardiaque, un délai suffisant pour provoquer de graves lésions cérébrales par manque d’oxygène.

Nawres est transférée en réanimation. Elle y restera 22 jours, dans un état de mort cérébrale fonctionnelle, selon sa famille, tandis que ses proches veillent quotidiennement dans l’espoir d’un miracle.

Le 2 janvier 2026, l’hôpital annonce son décès. La jeune fille de 27 ans, entrée à l’hôpital en marchant, en sort morte. Pour Nada Achour, il ne fait aucun doute qu’il y a eu négligence et non-assistance à une personne en danger. La famille a déjà déposé des plaintes auprès du ministère de la Santé, de la direction régionale de la santé de Nabeul et de l’Ordre des médecins, afin qu’une enquête administrative soit ouverte.

Une plainte pénale est également en préparation auprès du procureur de la République, dans l’objectif de déterminer les responsabilités dans la mort de Nawres.

La famille affirme vouloir aller jusqu’au bout et demander des comptes à toute personne dont la responsabilité serait établie.

NB: 

Les spécialistes rappellent que les antibiotiques ne sont pas un traitement universel. La majorité des maux de gorge, rhumes et infections des voies respiratoires supérieures sont d’origine virale, et les antibiotiques sont totalement inefficaces contre les virus.

Les prendre dans ces situations n’apporte aucun bénéfice, mais expose au contraire à des effets indésirables parfois graves, notamment des réactions allergiques potentiellement mortelles.

De plus, les antibiotiques ne sont pas efficaces contre toutes les bactéries. Leur usage excessif et inapproprié a favorisé l’émergence de bactéries résistantes, un phénomène connu sous le nom de résistance aux antibiotiques. Selon l’Organisation mondiale de la santé, cette résistance est responsable d’environ 700 000 décès par an dans le monde, un chiffre appelé à augmenter fortement si les pratiques actuelles perdurent.

Les experts insistent donc sur un principe simple mais vital : un antibiotique ne doit être prescrit que sur la base d’un diagnostic médical précis.

Un mauvais traitement n’est pas seulement inutile : il peut tuer.

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