La société tuniso-britannique SoleCrypt et le groupe international Schneider Electric ont officialisé ce lundi 2 février 2026 la signature d’un protocole d’accord portant sur l’étude et le développement conjoint, en Tunisie, de centres de données de nouvelle génération dédiés à l’intelligence artificielle.
Ces infrastructures, destinées à héberger des capacités de calcul intensives, seront conçues pour limiter leur impact environnemental, notamment en matière de consommation d’énergie et d’eau. À travers ce partenariat, les deux acteurs affichent leur ambition de faire de la Tunisie une plateforme stratégique de calcul durable au service de l’Europe et de la région MENA.
Le projet s’appuie sur plusieurs atouts du pays, dont le potentiel en énergies renouvelables, la présence de câbles sous-marins assurant une connectivité internationale performante, ainsi qu’un écosystème numérique en pleine expansion.
Dans ce cadre, SoleCrypt mettra à disposition des sites répartis sur le territoire, bénéficiant d’une connexion optimisée aux réseaux électrique et télécom, permettant une latence inférieure à 10 millisecondes vers l’Europe. De son côté, Schneider Electric apportera son expertise technologique, à travers ses architectures de référence développées avec NVIDIA, ainsi que ses solutions en matière d’alimentation sécurisée, d’électrification, de refroidissement liquide et de gestion intelligente des infrastructures via la plateforme EcoStruxure™ IT.
Data centers d’IA : Schneider Electric mise sur l’énergie verte pour faire de la Tunisie un hub régional
Dans ce contexte, Amine Benchekroun, Vice-président IT & Datacenter – Schneider Electric, a confirmé l’engagement du groupe aux côtés de SoleCrypt dans le développement de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle en Tunisie, qu’il qualifie de véritables « AI factories ».
S’exprimant au micro de Réalités Online il a précisé que la spécificité majeure de ce projet réside dans son adossement à une production d’énergie renouvelable, notamment à travers une ferme solaire d’une capacité annoncée de 60 mégawatts, destinée à alimenter des infrastructures de calcul pouvant nécessiter plusieurs dizaines de mégawatts. « Nous sommes inscrits dans une dynamique d’IA verte, reposant sur une production énergétique propre et durable », a-t-il souligné.
Amine Benchekroun a insisté sur le caractère inédit du projet dans le contexte tunisien, notamment en matière de décarbonation estimant que le pays dispose déjà d’une expertise reconnue dans le domaine des data centers, mais que ce niveau d’intégration environnementale constitue une première à cette échelle.
S’agissant du calendrier, le responsable explique que les travaux préparatoires sont engagés depuis près de deux ans par SoleCrypt. Il a expliqué que la complexité du projet, liée aux contraintes énergétiques, géologiques et sismiques, nécessite des études approfondies avant toute construction. Il a précisé également que le projet repose sur une coordination étroite avec les opérateurs du réseau électrique national afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement.
Il a affirmé par ailleurs que l’initiative bénéficie d’un soutien significatif des autorités publiques, saluant l’implication des différentes parties ayant contribué à faire passer le projet du stade conceptuel à une phase opérationnelle. Les premiers travaux pourraient débuter durant l’année en cours avec des réalisations visibles à court terme.
Amir Ben Gacem : « Notre ambition est de faire de la Tunisie un hub numérique reliant l’Afrique et l’Europe »
Dans une déclaration accordée à Réalités Online, Amir Ben Gacem, cofondateur et CEO de SoleCrypt, a présenté les contours du partenariat conclu avec Schneider Electric autour du développement de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle en Tunisie.
Spécialisée dans les infrastructures digitales durables, SoleCrypt se positionne sur la conception de centres de calcul alimentés principalement par des énergies renouvelables. Pour son dirigeant, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer la Tunisie en plateforme régionale des infrastructures numériques, capable de relier l’Afrique à l’Europe.
Il a mis en avant plusieurs atouts structurels du pays, notamment un fort potentiel solaire avec près de 3 600 heures d’ensoleillement par an, une connectivité internationale assurée par les câbles sous-marins de fibre optique, ainsi qu’une latence inférieure à 10 millisecondes vers Marseille. À ces facteurs s’ajoute notamment la disponibilité de compétences locales qualifiées, élément déterminant pour la réussite du projet.
Concernant le choix de Schneider Electric, Amir Ben Gacem a souligné la nécessité de s’appuyer sur un partenaire technologique de dimension internationale, capable d’accompagner la montée en puissance du projet. L’objectif à long terme est, selon ses propos, de constituer un important cluster de calcul à l’échelle mondiale, en capitalisant sur les ressources disponibles en Tunisie.
Dans une première phase, le projet reliera Tozeur et Bizerte. À Tozeur, une centrale solaire photovoltaïque d’une capacité de 60 mégawatts sera mise en place et raccordée au réseau national. À Bizerte, un centre de données sera implanté à proximité immédiate des stations d’atterrissement des câbles sous-marins, afin de garantir des performances optimales en matière de latence.
Le partenariat repose principalement sur une coopération technique. SoleCrypt assure la sélection des sites, les travaux préparatoires, le financement et la mobilisation des clients, tandis que Schneider Electric intervient dans la conception et la construction des infrastructures. Ces centres seront conçus pour accueillir les nouvelles générations de puces NVIDIA, et répondre aux besoins croissants du secteur de l’intelligence artificielle.
Sur le plan du calendrier, le responsable a indiqué que les études techniques et la structuration financière sont en cours d’accélération. Le lancement des travaux est envisagé dès cette année, pour une mise en service prévue à l’horizon 2027.
En matière de création de postes d’emploi, Amir Ben Gacem a évoqué la mobilisation de plusieurs milliers de travailleurs durant la phase de construction, compte tenu de l’ampleur des chantiers. L’investissement initial est, quant à lui, estimé à environ 100 millions de dollars, répartis entre la centrale solaire de Tozeur et les infrastructures du data center à Bizerte.