Éthique et politique

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Reçu par Trump en grande pompe, Salmane d’Arabie investit quarante milliards de dollars aux États-Unis.  Il n’est pas question, à ce prix, d’évoquer Kamel Khashoggi. Tout comme Netanyahu, Trump exhibe l’illustration d’une observation : l’homme sans scrupules arbore le profil d’une vraie crapule.
A ses disciples Pythagore disait, au VIe siècle avant J.C. : « Les nombres gouvernent le monde. »
Aujourd’hui, et au vu de la romance américano-saoudienne, l’énonciation du mathématicien grec devient « les dollars gouvernement le monde ». Mais les deux formulations, l’une ancienne et l’autre moderne, seraient-elles si hétérogènes ? Rien n’est moins certain. Car, dans les deux cas, il n’est plus question de spéculer, mais il s’agit d’exister. Trump, le spéculateur forcené, félicite son hôte pour les droits de l’homme respectés. Salmane, satisfait, sourit puis rit. Pour les deux larrons, l’argent prime toute autre considération. La réal-politique surplombe l’éthique. Salmane sait avoir dépêché, en Turquie, ses bons amis. Trump, le gars le mieux renseigné sur terre, est bien loin d’ignorer l’affaire. Mais l’omerta, partout, a ses raisons que la véracité ne connaît pas.
Les médias n’échappent guère à cette galère.
Ils semblent coincés entre « l’impératif catégorique » d’une libre expression ethnique, dirait Kant et les contraintes stupides imposées par des codifications liberticides.
En 1781, dans sa “Critique de la raison pure », Emmanuel Kant écrit : « Tu dois, donc tu peux ». La prescription incite le médiateur à remettre en question les réglementations tueuses de l’investigation et propices à l’implosion de la désinformation. Pareille situation mène les médias au désarroi, antichambre de la
jusqu’à la disparition.
L’auto-immolation ajoute son effectif à la rubrique des suicides classiques mentionnés par Camus dans « Le mythe de Sisyphe », en 1942 sous la forme de ce propos dépressif :  Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, « c’est le suicide ». Il est adopté pour échapper à un champ médiatique piégé où l’existence journalistique n’a plus de sens pratique. Albert Camus abordera, de nouveau, ce renoncement dans « L’homme révolté » en 1951. Le média divulgue l’information occultée par les tenants de l’autorité. Pour cette raison, jugée rédhibitoire, il est question de quatrième pouvoir.
Pour les intéressés au caché, il ne faut donc surtout pas savoir.
En 1597 Francis Bacon écrivait : « Le savoir lui-même est pouvoir ». Une fois les atrocités sionistes médiatisées dans le monde entier, crimes de guerre génocidaire et nettoyage ethnique diffusent et découvrent le caché par les colonialistes surarmés. Netanyahu aura beau répéter « il n’y a pas de génocide à Gaza », la prégnance et la prédominance de l’information à l’échelle planétaire ont fini par décrédibiliser la désinformation. Les tromperies et torts de Trump subirent le même sort. Il ne reste plus aux Israéliens qu’un argument opposé aux Palestiniens : les tuer. Netanyahu applique, à sa façon, la cogitation léguée par Sharon : le nettoyage ethnique fournit la solution unique. De nos jours, l’arrêt sur image donne à voir les ravages de la terre brûlée par les sauvages. Dans son ouvrage à documentation exhaustive et précise « Rendre impossible un Etat palestinien », Monique Chemillier-Gendreau fustige l’éradication de la population palestinienne par la force et la haine israéliennes. Sur le sol dévasté, ensanglanté, la trace atteste de la présence des assassins et l’absence des Palestiniens.

De cette inscription gravée par les abominables émane l’insoutenable. Dans ´ L’écriture et la différence ª, Jacques Derrida problématise, en 1967, ce phénomène social de la « trace ª.    

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