En réaction à l’élection du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, issu de la gauche du parti démocrate, le président américain, Donald Trump, a menacé clairement qu’il «allait s’occuper» de la ville, en ajoutant que la victoire de ce fils d’immigrés «porte atteinte à la souveraineté du pays». Étrange «démocratie américaine» où tout semble reposer sur le bon vouloir d’un président obnubilé par le spectre de l’autre, différent de race et de religion, et où le sort s’ingénie à démontrer le contraire. C’est ainsi que les États-Unis perdirent leur éclat qui les rendait le «pays modèle» de tous les peuples opprimés par les dictatures et devinrent la proie de leurs fantasmes, et la majesté de leur «démocratie» fut à jamais flétrie. L’apparent respect des règles du jeu démocratique ne saurait cacher la réalité d’une dangereuse dérive autoritaire. Pire encore, la carnavalisation de cette «démocratie» dans les discours de Donald Trump ne désarme pas. Cela crée de l’ivresse chez ses partisans. Avant l’ère populiste aux États-Unis et en Europe, ce comportement avait été dénoncé comme misérabiliste. Autres temps, autres jugements. Voici, donc, qu’une frénésie s’installe. Tandis que s’efface l’acceptation de destins politiques contraires se répand un discours souverainiste, xénophobe, islamophobe et raciste. La «démocratie», et c’est bien trop lui demander, devient l’illusoire recours à toutes les menaces et intimidations. Excessif, cruel, acide, Donald Trump a lancé aux électeurs qui ont choisi le jeune immigré des propos systématiquement menaçants. Il faut reconnaître que la plupart des Américains suprémacistes ont vécu l’élection de Zohran Mamdani comme un désastre, un tsunami, qui a aboli l’escamotage de leur mécanique mensongère et emporté les repères de leur protectionnisme excessif.
Dans une ville adorée par ses habitants, mais devenue pour la plupart d’entre eux un monstre qui les a engloutis, le nouveau maire de la «grosse pomme» (the big apple), la plus peuplée du pays, s’est posé en incarnation suprême de ces mécontents en révolte. Il prétend ainsi enraciner une nouvelle citoyenneté qui prétend être capable de faire de l’âpreté au gain de chaque habitant de la ville le meilleur ressort de la réussite collective. Dans un pays où les animosités sont persistantes et où la classe politique classique est virtuose dans l’«art» de se coopter et de se maintenir au pouvoir, il n’est pas surprenant dès lors que ce discours touche exactement ce qui affecte les consciences à New York : le pressentiment de l’injustice. On peut parler de guerre mentale menée par le jeune et très brillant immigré contre ses adversaires, où l’on tire des mots tranchants au lieu de slogans vides.
Libre, moderne, sincère, généreux, courageux et fonceur, Zohran Mamdani a bouleversé les habitants de la ville avec ses discours fluides, son intelligence aiguë, ses déclarations polémiques qui, parfois, ont suscité la colère de Trump, tant il a radicalement mis en question sa politique, son raffut, son entreprise de haine et son extrémisme idéologique. Il a démontré que l’actuel président de la première puissance mondiale n’est, d’abord, qu’un lamentable acteur dans le registre burlesque de la commedia dell’arte. S’inspirant d’un rêve de Martin Luther King, il a tiré sur le collier. Le fil casse et les perles, jusqu’ici impeccablement alignées, s’éparpillent et rebondissent dans toutes les directions.
Ce n’est pourtant pas un petit mérite de rappeler à quel point l’avenir appartient à ceux qui sauront se montrer capables de braver les dinosaures de la prédation politique et de basculer le mandarinat du statu quo.
La question est de savoir, maintenant, si l’élection de Zohran Mamdani est une phase transitoire vers un sursaut moral américain ou si elle est porteuse d’un durcissement des conservateurs encore plus majeur.
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