Par Mohamed Ben Naceur
Le ralentissement économique en Tunisie, commencé depuis quelques années, se prolongera encore. Le principal défi aujourd’hui est sans doute celui de la reprise économique. En effet, le grand risque est de se retrouver dans un scénario en « L », c›est-à-dire une croissance faible et qui peut durer très longtemps. Si une dépression transitoire peut être traitée par des ajustements techniques, monétaires et budgétaires, le risque d’un changement de pente ou d’un scénario en « L » appelle des politiques d’une autre nature et des réformes plus radicales. Dans ce genre de situation, le risque serait de se retrouver sous une trappe de croissance molle et fragile avec une offre, au final, faiblement stimulée.
Contrairement à l’opinion commune, l’expansion, sur le moyen terme, dépend certes des capacités des nations et des autorités mais surtout des désirs des peuples ; tous n’éprouvent pas une même volonté pour le changement. Freud nous a appris que les hommes peuvent exprimer, avec une absolue sincérité, des désirs autres que ceux qui inspirent, soucieusement, leur conduite. Tous disent toujours et partout souhaiter devenir plus riches, ce n’est pas toujours vrai. Les peuples qui le veulent peuvent se développer, mais certains, ne croyant pas au progrès, refusent le mouvement. Cette attitude dominait en Tunisie. Le nouveau plan de développement 2025-2030 devrait apporter le « grand espoir », ce qui contribuera en toute logique à la relance de l’économie. Ce qui est dommage est donc l’absence d’une vision claire. Le nouveau plan doit être avant tout porteur d’un rêve pour les Tunisiens. Il doit avoir un objectif pour la Tunisie et un cap à suivre. Cependant, le projet de plan de développement risque de ne pas être à la hauteur des attentes et de ne pouvoir provoquer le déclic tant attendu. Une nouvelle chance qu’il ne faut absolument pas rater !
Aujourd’hui, le risque d’une croissance durablement molle est bien réel. Les secteurs sinistrés, en particulier les industries, s’enfoncent de jour en jour, les entreprises publiques accumulent des faiblesses, la dette publique a atteint un seuil critique. Le plus inquiétant n’est pas l’état de la situation mais plutôt la passivité dans la gestion du dossier économique. Il faut agir vite car le temps presse pour ne pas dire qu’il y a le feu à la maison.
Comment convaincre les Tunisiens d’accélérer la croissance économique, sachant que le développement contribuerait à leur épanouissement, faciliterait la vie dans les zones de l’intérieur, réduirait le chômage et la pauvreté et, surtout, que c’est possible ? Deux axes : la fierté collective et l’ambition individuelle. La circonstance favorable, l’occasion, sera la reprise conjoncturelle classique, elle résultera du redressement des bénéfices des entreprises. Alors l’optimisme devient crédible.
La mobilisation des opinions à l’occasion de la période estivale montre à quel point peuvent s’épanouir des sentiments de fierté collective dans un cadre pacifique. Est-il acceptable que la croissance économique tunisienne reste autour de 1.5% l’an alors que d’autres pays sont sur un sentier de 7% et 8% ? Sommes-nous incapables d’être aussi efficaces qu’eux ? Or, tous les développements, notamment culturels et scientifiques, reposent sur une base économique.
Aux revendications de toutes natures, il serait réaliste de répondre que leur satisfaction est conditionnée par le retour de la croissance. En Tunisie, on ne pourra augmenter les moyens réclamés par les services publics que dans la mesure où les assiettes fiscales seront développées. Trop de capitaux et de talents s’évadent aujourd’hui, comme pour se libérer d’une société que stérilise son manque de confiance et de perspectives.
Une volonté explicite de relance économique et une dynamique compétitive doivent inspirer les politiques sociales, fiscales et autres. Pour soutenir le changement, il faut que l’opinion publique en comprenne bien l’enjeu, qu’elle comprenne qu’entre une croissance de 1% et une croissance de 3%, il y a une différence de 30 000 chômeurs en moins par an. Mais il faut comprendre aussi que l’on ne passera pas de 1% à 3% de croissance sans bousculer des habitudes et des situations acquises. Il faudra, pour faire admettre cela, une vision claire et beaucoup de pédagogie.