Chaque année, le 5 décembre, la Tunisie commémore l’assassinat de Farhat Hached, figure emblématique du syndicalisme et du mouvement national. Cette journée est l’occasion pour le pays de se souvenir de son engagement pour la justice sociale et la liberté, ainsi que de sa contribution essentielle à la lutte contre le colonialisme français.
L’assassinat de Farhat Hached, le 5 décembre 1952, s’inscrit dans l’un des moments les plus tendus de l’histoire de la Tunisie. Figure centrale du mouvement national, Hached s’était imposé en quelques années comme un acteur incontournable de la lutte contre le colonialisme. Son rôle était d’autant plus marquant qu’il avait su donner au mouvement syndical tunisien une dimension populaire et profondément ancrée dans la vie quotidienne des travailleurs.
Dès la fondation de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) en 1946, Farhat Hached s’était attaché à construire une organisation indépendante, capable de défendre les droits sociaux tout en portant les aspirations politiques d’un peuple en quête de dignité. Sous son impulsion, la Centrale syndicale devint rapidement un espace de mobilisation nationale. En réunissant ouvriers, employés, paysans et intellectuels, il parvint à dépasser les clivages sociaux et à transformer le syndicalisme en un instrument de résistance. Il multiplia également les contacts internationaux, notamment avec les organisations syndicales américaines et européennes, afin de faire connaître la cause tunisienne et de dénoncer la politique coloniale française sur la scène internationale.
Dans un contexte marqué par l’échec des négociations entre la France et les nationalistes tunisiens, l’ascension de Hached inquiétait profondément les autorités coloniales. Sa capacité à unir les masses et à dénoncer ouvertement les abus du Protectorat faisait de lui une cible. Le climat politique était alors explosif : arrestations, violences policières et répression systématique visaient à briser l’élan du mouvement national. Malgré ces pressions, Hached poursuivait son action, convaincu que la Tunisie devait conquérir son indépendance par la mobilisation populaire et l’organisation collective.
Assassinat de Hached : Une onde de choc nationale et internationale
C’est dans cette atmosphère tendue que se déroula son assassinat. Le matin du 5 décembre 1952, alors qu’il se rendait à Radès, sa voiture fut prise en chasse par plusieurs individus armés. Blessé lors des premiers tirs, il tenta de s’échapper à pied, mais il fut rapidement rattrapé et abattu à bout portant. L’organisation secrète connue sous le nom de Main Rouge revendiqua l’attentat, mais tout indiqua par la suite que l’opération avait été menée avec l’appui, direct ou indirect, des services spéciaux français. L’objectif était clair : éliminer un leader capable de faire basculer le rapport de force en faveur des nationalistes.
L’annonce de sa mort provoqua une immense onde de choc dans tout le pays. Des milliers de Tunisiens descendirent dans les rues, exprimant leur colère et leur douleur. Les funérailles de Hached se transformèrent en un immense cortège populaire, témoignant de l’attachement profond du peuple tunisien à celui qui avait su allier lutte sociale et combat politique. A l’étranger également, la réaction fut immédiate : de nombreuses organisations syndicales et des personnalités politiques condamnèrent l’assassinat, mettant en lumière les méthodes brutales du colonialisme.
Loin d’affaiblir le mouvement national, la disparition de Farhat Hached contribua à renforcer la détermination des Tunisiens. Son sacrifice devint un symbole de résistance et d’unité. L’UGTT continua à jouer un rôle essentiel dans la mobilisation contre la domination coloniale, et la mémoire de Hached nourrit le sentiment national jusqu’à l’obtention de l’indépendance en 1956. Aujourd’hui encore, il est considéré comme l’une des figures les plus importantes de l’histoire moderne de la Tunisie, un homme dont le combat pour la justice sociale et la liberté demeure profondément vivant dans la conscience collective.