L’édition d’automne 2026 de l’Agora émotionnelle, organisée le 17 octobre à la Bibliothèque nationale de Tunis, a consacré ses échanges sur la place des femmes dans le numérique. Co-organisée par le Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie (CVDT) et l’Université de Tunis, avec le soutien de la délégation générale de Wallonie-Bruxelles à Tunis, la rencontre a abordé les problématiques d’une participation numérique plus équitable, entre nouvelles opportunités et inégalités persistantes.
Des opportunités freinées par les inégalités
Selon une enquête du Ministère des Technologie en 2023, les femmes dépasseraient désormais les hommes en matière d’accès à Internet et d’utilisation des fonctionnalités du téléphone portable. Pour Ahmed Khouaja, professeur de sociologie à l’Université de Tunis et directeur de TRANSLAB, le numérique ouvre de nouvelles perspectives professionnelles et économiques aux femmes, dans des secteurs encore marqués par le patriarcat.
Toutefois, il vient préciser que de nombreux obstacles subsistent encore : les mentalités, les normes patriarcales, les carrières des femmes tronquées, et le difficile équilibre entre obligations familiales et obligations professionnelles continuent de freiner les carrières féminines.
Cyberharcèlement et visibilité des femmes en ligne
Les échanges ont également porté sur les violences en ligne et leurs conséquences sur la participation des femmes. Les femmes victimes de cyberharcèlement vont très peu porter plainte, par manque de confiance dans le système, par crainte de ne pas être écouté, mais aussi car ce genre d’affaires n’est pas priorisé. Dans ce contexte, les intervenants ont souligné la nécessité de renforcer l’éducation numérique, la sensibilisation et la prévention. Si Internet facilite la prise de parole, l’anonymat favorise la diffusion de discours racistes, sexistes, ou encore populistes. La visibilité des femmes et leur participation au développement du numérique restent donc des enjeux majeurs.
“Dans un monde où le numérique est essentiel, les femmes doivent pouvoir participer au développement de ces questions là” – a affirmé Rajae Essefiani, déléguée générale Wallonie-Bruxelles à Tunis.