Le chanteur marocain Saad Lamjarred sera jugé à partir du lundi 11 mai devant la cour d’assises de Draguignan (Var) pour le viol présumé d’une barmaid en 2018, près de Saint-Tropez.
Connu pour ses succès dans la pop arabe, le musicien de 41 ans comparaît devant la cour pour le viol présumé d’une femme dans la nuit du 26 août 2018. Initialement prévu pour décembre 2025, le procès avait été reporté parce que la présidente de la cour était souffrante. L’avocat de la victime, Dominique Lardans, a dénoncé auprès de l’AFP une « trop longue attente ». À la demande de la plaignante, la cour d’assises a prononcé le huis clos.
Le récit de la plaignante
La victime, âgée de 29 ans à l’époque, travaillait comme barmaid à Saint-Tropez lorsqu’elle a rencontré le chanteur dans une discothèque. Selon son témoignage aux enquêteurs, elle ne connaissait pas l’artiste, l’a trouvé à son goût et a accepté de poursuivre la soirée avec lui autour d’un verre dans le bar de son hôtel.
Toujours selon son récit, il l’aurait finalement conduite directement dans sa chambre, aurait essayé de l’embrasser puis l’aurait plaquée sur le lit, déshabillée et violée en la tenant par les poignets, sans qu’elle ne parvienne à réagir, tétanisée. De son côté, il a assuré que le rapport était consenti et que la jeune femme avait elle-même retiré son pantalon.
Une amie de la plaignante, appelée immédiatement après les faits, a toutefois déclaré aux enquêteurs avoir retrouvé la jeune femme en état de choc, « le maquillage dégoulinant, les lèvres enflées et le regard vide ». Elle était « sans vie, sans expression ». Selon le média 20 Minutes, les deux experts qui ont examiné la plaignante ont décelé chez elle un « stress post-traumatique ».
Les éléments retenus par l’enquête
Les analyses réalisées quelques heures plus tard évaluent leur taux d’alcoolémie à ce moment-là entre 1,2 et 1,4 g/l pour elle, et entre 1,6 et 1,8 g/l pour lui. La mise sur écoute du téléphone de la victime a révélé un réel mal-être et la peur que l’affaire soit médiatisée. Elle a également révélé l’appel d’un homme proposant 200 000 euros pour un arrangement à l’amiable, auquel la plaignante n’a pas donné suite.
Son amie, en revanche, a écrit à un avocat de M. Lamjarred pour proposer un accord, mais a réaffirmé ensuite auprès des enquêteurs n’avoir jamais menti sur l’état dans lequel elle avait trouvé la jeune femme.
Même si le parquet n’était pas opposé à un non-lieu, la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé en 2021 le renvoi devant les assises, rappelant notamment que le fait de pénétrer dans la chambre d’un homme ne valait pas automatiquement consentement.
L’accusé encourt jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu le jeudi 14 mai.
Des accusations de viol répétées
Saad Lamjarred est déjà impliqué dans d’autres affaires de viol et d’agressions sexuelles. Il a notamment été condamné à six ans de prison en 2023 par la cour d’assises de Paris pour viol aggravé.
Dans cette affaire, la victime, identifiée sous le nom de Laura P., accusait le chanteur de l’avoir violée et frappée dans une chambre d’hôtel après leur rencontre dans une boîte de nuit parisienne, en marge d’un concert prévu dans la capitale en octobre 2016. Selon les éléments retenus par la cour, la jeune femme avait suivi volontairement l’artiste dans un premier « after », puis jusqu’à son hôtel avec l’intention de « flirter », comme l’avait souligné la présidente Frédérique Aline. Sur place, ils avaient discuté, dansé et s’étaient embrassés, avant que le chanteur ne devienne « tout à coup » violent et qu’il la viole et la frappe, selon le récit livré par Laura P., âgée de 20 ans à l’époque, à l’audience.
Saad Lamjarred a toujours contesté les accusations. Il nie toute pénétration sexuelle et affirme avoir seulement, par « réflexe », « brutalement poussé le visage » de la jeune femme après avoir été griffé alors qu’ils se déshabillaient. La cour avait toutefois jugé que les « déclarations variables et évolutives » du chanteur n’étaient pas crédibles.
L’accusé devait être jugé en appel en juin 2025 à Créteil, mais le procès a été renvoyé après l’ouverture de poursuites visant Laura P. et cinq autres personnes, soupçonnées d’avoir tenté de monnayer le retrait de sa plainte. La plaignante a ensuite été relaxée.
Le chanteur marocain a également été mis en cause dans une affaire en 2015 au Maroc et en 2010 aux États-Unis, où une procédure pour viol et agression sexuelle a été classée après un arrangement financier avec la victime.