L’ingénieur et expert en ressources en eau, Mohamed Salah Glaïed, a appelé dans une rencontre avec Réalités Online à une communication transparente sur les niveaux de remplissage des barrages, soulignant que cette information est essentielle pour sensibiliser le public à une utilisation responsable de l’eau.
Selon l’expert largement sollicité par les médias grâce à ses analyses pertinentes et percutantes, “Même après la suspension par l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI) de la diffusion quotidienne des données sur les grands barrages, les suivis indépendants indiquent que le taux de remplissage reste inférieur à 40 %”. Cependant, Glaïed rassure que ce niveau pourrait permettre de “traverser l’été prochain sans coupures majeures d’eau potable, à condition de gérer les ressources avec prudence”.
Pour Mohamed Salah Glaïed, le suivi quotidien des barrages ne se limite pas à des chiffres : c’est un outil de sensibilisation pour le citoyen, puis pour les médias et les décideurs politiques. Selon lui, “dans une ère où l’information visuelle domine, cacher ces données peut réduire l’efficacité des campagnes de sensibilisation et limiter l’implication du public dans la préservation des ressources”.
S’agissant des dernières précipitations, Glaïed a estimé qu’elle n’ont eu qu’un impact limité sur les réserves, alors que la SONEDE utilise plus de 60 % des eaux superficielles pour la consommation domestique et que le secteur agricole consomme près de 78 % de l’eau disponible, qu’elle soit de surface ou souterraine.
Face à ces enjeux, Glaïed insiste sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement, notamment par le dessalement des eaux, et de promouvoir l’adaptation et l’innovation : stockage amélioré, transferts artificiels d’eau et exploitation optimale des précipitations abondantes. Il rappelle également que la gestion de l’eau doit être équitable et raisonnée, afin de garantir la sécurité hydrique dans le contexte du changement climatique.
Pour Mohamed Salah Glaïed, beaucoup pensent qu’il s’agit d’une crise passagère, mais la Tunisie devra s’habituer à ce type de situation hydrique à long terme. Selon les dernières statistiques internationales, la disponibilité en eau par habitant en Tunisie est passée de 420 m³ par an à seulement 315 m³, soulignant une pression croissante sur les ressources.
Par ailleurs, la consommation quotidienne des Tunisiens dépasse largement celle des Européens. Un citoyen tunisien utilise en moyenne 120 litres d’eau par jour, contre 90 à 100 litres pour un Européen.
Face à ces chiffres, Glaïed ne cesse d’insister sur la nécessité de campagnes de sensibilisation et d’initiatives pour réduire la consommation individuelle, notamment dans les usages domestiques, afin d’assurer une gestion durable de l’eau pour les années à venir.