La décision de Glovo de modifier sa cartographie au Maroc a provoqué un tollé parmi ses livreurs et relancé le débat sur la question du Sahara. La plateforme espagnole de livraison a discrètement supprimé la mention « Sahara marocain » de son application, la remplaçant par un simple point géographique sans dénomination.
Selon plusieurs livreurs contactés par Bladi.net, ce changement est intervenu fin juin sans aucune consultation préalable. « Nous avons découvert la modification par hasard en effectuant des livraisons », témoigne un coursier sous couvert d’anonymat. Les travailleurs dénoncent une décision unilatérale qui complique leur travail au quotidien, certaines adresses n’étant plus correctement reconnues par le système.
Cette affaire survient dans un contexte diplomatique tendu entre le Maroc et l’Espagne concernant le statut du Sahara occidental. Madrid avait récemment opéré un revirement en soutenant le plan d’autonomie marocain pour cette région, après des années de neutralité. Les observateurs notent que Glovo, entreprise basée à Barcelone, pourrait avoir voulu éviter toute polémique en neutralisant la terminologie sensible.
Les réactions politiques n’ont pas tardé. Le député marocain Mohamed Mehdi Bensaid a immédiatement interpellé le gouvernement, exigeant des « mesures fermes contre cette plateforme qui bafoue la souveraineté nationale ». Dans les rangs des livreurs, la colère est palpable. « Nous risquons de perdre des clients à cause de ce problème technique, alors que personne ne nous a consultés », proteste un autre coursier.
Glovo, pour sa part, se réfugie derrière une communication laconique. Contactée par nos soins, l’entreprise affirme « travailler à une solution technique » sans plus de précisions. Pourtant, des sources internes évoquent des pressions exercées par certains actionnaires espagnols sensibles à la cause séparatiste.
Cette affaire illustre les défis croissants auxquels font face les multinationales dans la région. Entre impératifs techniques, sensibilités politiques et réalités du terrain, la marge de manœuvre se réduit comme peau de chagrin. Les livreurs, eux, attendent des actes concrets : « Nous voulons simplement pouvoir travailler normalement, sans que notre gagne-pain ne devienne un enjeu géopolitique », résume amèrement l’un d’eux.
Alors que le Maroc a récemment durci sa législation sur les plateformes digitales, cette affaire pourrait inciter Rabat à renforcer son contrôle sur la cartographie utilisée par les géants du numérique. Une bataille de plus dans la guerre de l’information qui se joue autour de la question sahraouie.