L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a publié un rapport intitulé « Guerre au Moyen-Orient : Défis et impacts sur l’économie tunisienne ». Dans cette analyse, l’institution basée à Tunis met en garde contre les répercussions du conflit régional sur les équilibres économiques du pays. Elle exhorte les autorités à mettre en œuvre des mesures d’atténuation à court et à moyen terme, afin de renforcer la résilience nationale face à ce type de chocs externes.
Les canaux de transmission du choc
Selon le rapport, la crise peut affecter l’économie tunisienne à travers plusieurs canaux. Le premier concerne les finances publiques. La Tunisie dépend fortement des importations d’énergie, puisque la production nationale ne couvre qu’environ 35 % des besoins. Par conséquent, toute hausse durable des prix des hydrocarbures ou toute perturbation des flux d’approvisionnement a un impact direct sur les équilibres macroéconomiques. L’IACE avance un chiffre précis à cet égard : chaque dollar d’augmentation du prix du baril génère un surcoût estimé à 164 millions de dinars, soit l’équivalent de 49,6 millions d’euros.
Par ailleurs, la hausse des coûts du carburant et du transport international risque d’accroître les dépenses d’exploitation des entreprises publiques. La Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG) et la Société tunisienne des raffineries (STIR), déjà dépendantes des subventions publiques, pourraient voir leurs tensions de liquidités s’aggraver. En conséquence, les engagements financiers de l’État pourraient être affectés.
Un deuxième canal d’impact concerne la balance des paiements. L’IACE rappelle que près de 98 % du commerce extérieur tunisien s’effectue par voie maritime. En conséquence, toute perturbation des chaînes logistiques ou toute augmentation des coûts de transport se traduit par une hausse du prix des importations. Combinée à la hausse des prix de l’énergie, cette situation alourdit la facture énergétique et creuse le déficit commercial. Cette dégradation exerce une pression supplémentaire sur les réserves de change, dans un contexte où la mobilisation des financements extérieurs reste faible.
L’institution relève toutefois deux éléments qui pourraient limiter l’impact à court terme. D’une part, les transferts de fonds des Tunisiens résidant dans les pays du Golfe conservent une relative stabilité. D’autre part, les réservations touristiques continuent d’afficher une croissance, ce qui peut contribuer à compenser partiellement les effets négatifs.
Les risques sur l’inflation et la croissance
Le rapport attire également l’attention sur les risques inflationnistes. L’augmentation du coût des importations de biens et d’intrants industriels, combinée aux anticipations d’inflation, pourrait entraîner une hausse des prix à la consommation. Qui plus est, le recours au financement monétaire pour couvrir les besoins budgétaires viendrait accentuer ces pressions.
En ce qui concerne la croissance, l’IACE estime que les effets pourraient se manifester par un ralentissement de la demande extérieure, en particulier en provenance de la zone euro, principal partenaire commercial de la Tunisie. Certains secteurs apparaissent particulièrement vulnérables, à l’image du textile, de l’habillement, ainsi que des industries mécanique et électrique. Le tourisme pourrait également pâtir des incertitudes géopolitiques, tout comme le transport aérien, susceptible de subir des perturbations liées à la situation régionale. En outre, des secteurs stratégiques tels que l’agriculture et l’industrie chimique pourraient rencontrer des difficultés d’approvisionnement en matières premières essentielles.
Les mesures préconisées
Face à ce diagnostic, l’IACE propose une série de mesures organisées selon deux horizons temporels. À court terme, l’institut recommande la constitution et la gestion de stocks stratégiques de produits alimentaires et d’hydrocarbures, afin d’amortir les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. En parallèle, un soutien ciblé aux petits exploitants agricoles est jugé nécessaire pour maintenir la production locale et garantir l’approvisionnement national. L’IACE préconise également le lancement d’un programme d’économies d’énergie dans le secteur public, visant à maîtriser la consommation énergétique par des mesures opérationnelles concrètes. Par ailleurs, la possibilité d’encourager le télétravail dans certains secteurs est évoquée comme un levier pour réduire les coûts énergétiques et les dépenses de transport.
À moyen terme, l’accent est mis sur le renforcement de la sécurité alimentaire. L’objectif consiste à développer les filières céréalières afin d’atteindre l’autosuffisance en blé dur, grâce à des investissements ciblés pour améliorer les rendements et moderniser les techniques agricoles. En plus de cette orientation, l’IACE préconise d’accélérer la transition énergétique et d’accroître les investissements dans les énergies renouvelables, dans le but de réduire la dépendance aux importations et d’améliorer l’efficacité énergétique.