En réaction au conflit actuel entre Israël et les États-Unis d’une part, et l’Iran d’autre part, l’expert économique Ridha Chkoundali a analysé les répercussions potentielles sur l’économie mondiale. Selon lui, trois scénarios principaux peuvent être envisagés :
1. Conflit limité et containment militaire : Dans ce premier scénario, la confrontation reste circonscrite à un cadre militaire limité sans perturber réellement les flux pétroliers. L’effet se traduirait principalement par une hausse temporaire des prix du pétrole, appelée « prime de risque géopolitique », pouvant atteindre 5 à 15 %, avant un retour progressif à la normale avec la baisse des tensions. Les économies industrielles importatrices d’énergie, notamment le Japon, la Corée du Sud et certaines économies européennes comme l’Allemagne et l’Italie, subiraient une pression inflationniste accrue et un léger creusement du déficit commercial. À l’inverse, les pays producteurs non impliqués directement dans le conflit, tels que la Norvège, le Canada ou le Brésil, bénéficieraient d’une amélioration de leurs termes de l’échange sans supporter de risques sécuritaires directs.
2. Perturbation partielle des exportations du Golfe : Si les exportations pétrolières du Golfe étaient réduites de 3 à 5 millions de barils par jour, les prix du pétrole pourraient dépasser 100 dollars le baril. La prime de risque se transformerait alors en choc d’offre effectif, affectant non seulement les économies industrielles mais aussi les économies émergentes importatrices d’énergie comme l’Inde et la Turquie, ainsi que les pays nord-africains dépendants du pétrole importé, notamment la Tunisie et le Maroc. L’augmentation des coûts pétroliers exercerait des pressions sur le compte courant, la finance publique et les taux de change. Les pays exportateurs hors zone de conflit, tels que l’Algérie ou le Nigeria, pourraient bénéficier d’une hausse rapide de leurs revenus, sous réserve que l’investissement et la prime de risque souveraine ne soient pas affectés.
3. Perturbation majeure du détroit d’Hormuz : Le troisième scénario, le plus grave, concernerait un blocage significatif du transit pétrolier via le détroit d’Hormuz, entraînant une hausse des prix de plus de 40 % en très peu de temps. Une telle situation pourrait provoquer des chocs systémiques mondiaux, avec le retour de scénarios de stagflation. Même certains pays producteurs du Golfe, comme l’Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar, pourraient subir des pertes en raison de la baisse des exportations et de l’augmentation des coûts logistiques et d’assurance, malgré la hausse nominale des prix. La Chine, principal importateur mondial d’énergie, subirait un double choc : hausse des coûts industriels et baisse de la demande mondiale. Les États-Unis, grâce à leur production nationale, seraient relativement moins exposés, mais resteraient confrontés à des pressions inflationnistes domestiques.