Huile d’olive : la Tunisie perd-elle en valeur ce qu’elle gagne en volume ?

Bottles of olive oil on counter of market

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Noureddine Nasr, dont les propos ont été rapportés par l’agence ANSA, a déclaré que « La vente massive d’huile d’olive tunisienne sur les marchés internationaux érode les marges des producteurs et risque de compromettre la viabilité économique de l’un des piliers de l’agriculture nationale ». L’expert a précisé que « la flambée des prix de l’huile d’olive tunisienne, vendue à des prix inférieurs à ceux pratiqués en Italie, en Grèce, en Turquie, en Espagne et en France, pénalise les producteurs tunisiens et menace la viabilité de la filière oléicole ».

La situation microéconomique révélée par l’étude menée dans le gouvernorat de Zaghouan auprès de 11 exploitations agricoles s’inscrit dans un contexte international préoccupant. Le prix mondial de l’huile d’olive extra vierge a connu une évolution dramatique, passant de 10 200 dollars la tonne en janvier 2024 à environ 5 450 dollars début 2025, représentant une baisse de 47%. Pour la Tunisie, cette correction s’est avérée plus sévère encore. L’Observatoire national de l’agriculture (Onagri) rapporte que le prix moyen à l’exportation est tombé de 27 500 dinars la tonne en mars 2024 à 12 500 dinars en mars 2025, puis à 12 421 dinars en août 2025, soit un recul de 50,1% sur un an.
Entre novembre 2024 et septembre 2025, la Tunisie a exporté 268 600 tonnes d’huile d’olive, ce qui représente une augmentation de 41,3% par rapport à la campagne précédente. Parmi ces exportations, 77,7% étaient classées comme extra vierges. Pourtant, cette croissance quantitative masque une réalité financière préoccupante : les recettes du secteur oléicole ont chuté de 4,17 milliards de dinars à 3,06 milliards de dinars. Ce phénomène illustre parfaitement le paradoxe d’une « plus grande quantité, mais moins de valeur » pour la filière tunisienne.
La compression des prix affecte directement les producteurs, particulièrement les petits oléiculteurs déjà vulnérables. En septembre 2025, le prix moyen de l’huile d’olive tunisienne oscillait entre 9,28 et 17,9 dinars le kilogramme, enregistrant une baisse de plus de 46% par rapport à la même période de la campagne précédente. Le rapport d’Onagri sur l’huile d’olive biologique indique que le prix moyen de l’huile d’olive extra vierge certifiée atteignait à peine 13,6 dinars le kilogramme. La fixation d’un prix de référence à 15 dinars le litre dans les grandes surfaces a contraint de nombreux producteurs-exportateurs à écouler une partie de leur production sur le marché local avec des marges réduites, affectant ainsi leurs engagements à l’international.

Face à cette situation critique, les économistes et professionnels du secteur préconisent plusieurs mesures correctives. Une meilleure régulation des exportations apparaît nécessaire, de même qu’une orientation vers des segments à plus forte valeur ajoutée comme l’huile en bouteille et certifiée. La diversification des débouchés et la mise en place de dispositifs de soutien ciblés pour les petits producteurs constituent autant de pistes à explorer. Parallèlement, les organisations professionnelles insistent sur le renforcement des contrôles de qualité et de traçabilité pour prévenir les pratiques déloyales qui pourraient affecter davantage les prix et l’image de l’huile d’olive tunisienne. Sans ajustement structurel, la Tunisie risque de maintenir sa position de principal exportateur tout en continuant à vendre sa production en deçà de son véritable potentiel économique.

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