Le Fonds monétaire arabe a consacré un chapitre de son Rapport économique arabe à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le renforcement de l’inclusion financière et de l’innovation. La Tunisie y figure parmi les premiers pays arabes ayant intégré l’IA comme pilier de la transformation numérique et du développement économique. Le rapport mentionne le lancement dès 2018 d’une stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle. Celle-ci privilégie la recherche, l’innovation et la construction d’une économie de la connaissance. Elle met également l’accent sur le développement des données ouvertes, présentées comme une infrastructure essentielle au déploiement des applications et services fondés sur l’IA.
Le document évoque par ailleurs la création de pôles d’excellence destinés à structurer l’écosystème. Novation City et le Pôle Technologique El Ghazala sont cités comme des espaces de collaboration entre universités, centres de recherche et startups. Qui plus est, la loi tunisienne de 2018 relative aux startups est qualifiée de « première du genre en Afrique ». Elle est considérée comme un levier d’attraction des investissements et des compétences numériques, en particulier dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Toujours est-il que d’autres évaluations invitent à relativiser ce positionnement. L’indice de préparation des gouvernements à l’IA 2024, publié par Oxford Insights, attribue à la Tunisie un score global de 43,68. Ce chiffre place le pays au-dessus de la moyenne du classement mondial. Il témoigne d’avancées effectives. Il souligne néanmoins une marge de progression importante en matière de gouvernance, de données et d’infrastructures.
Dès lors, la qualification de la Tunisie comme leader régional de l’IA doit être maniée avec précaution. Elle reflète davantage une orientation politique précoce et un écosystème entrepreneurial actif qu’un leadership avéré mesuré par l’ensemble des indicateurs internationaux.
Les autorités tunisiennes ont inscrit plusieurs chantiers liés à l’IA dans la programmation budgétaire. La loi de finances 2026 prévoit l’accélération de la numérisation des institutions publiques. Elle acte également la finalisation du plan d’action stratégique pour l’IA et le lancement de sa mise en œuvre.
D’autre part, une stratégie nationale de cybersécurité pour la période 2026-2030 doit être élaborée puis déployée. En plus, l’intégration de l’identité numérique aux services Tuntrust figure parmi les priorités affichées.
Par conséquent, le principal enjeu pour la Tunisie réside désormais dans la capacité à traduire les stratégies et les cadres réglementaires en projets d’échelle, en viviers de compétences spécialisées et en infrastructures résilientes.