Par Bechir Ben Mohamed
La capitale algérienne a abrité du 4 au 10 septembre courant la 4e édition de la Foire du commerce interafricaine « IATF 2025 », sous le thème « Une porte vers de nouvelles opportunités ». Un nouveau rendez-vous politico-économique marquant des chefs d’Etat et de gouvernement, hauts responsables et représentants d’institutions financières panafricaines pour discuter des voies d’intégration continentale.
L’évènement a offert une occasion de plus pour réitérer l’engagement des dirigeants africains en faveur de l’amélioration du bien-être des populations et la réduction de la dépendance commerciale, financière et technologique africaine de l’extérieur. Il a également témoigné du rôle précurseur de l’Algérie dans le pilotage du processus de repositionnement de l’Afrique dans l’économie mondiale.
Le salon du commerce intra-africain : raison d’être
Le salon du commerce intra-africain (IATF) est une rencontre biannuelle des responsables publics et privés africains dont l’objectif est d’aider à la concrétisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Elle est organisée depuis 2018 par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) en collaboration avec la Commission de l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAF.
C’est une plateforme stratégique qui met en relation des acheteurs, vendeurs et pouvoirs publics, afin de stimuler le commerce intra-africain, attirer les investissements à même de renforcer l’intégration continentale d’un marché de 1,4 milliard de consommateurs. Le but ultime étant de porter la part du commerce intra-africain à 30 % à l’horizon 2030.
Les entreprises exposantes viennent de différents pays du continent et opèrent généralement dans les secteurs qui mettent en avant « l’innovation, l’industrialisation à forte valeur ajoutée, la technologie, les industries créatives, l’automobile, la jeunesse et les femmes entrepreneures ».
Après l’Egypte à deux reprises et l’Afrique du Sud, la session 2025 du IATF a eu lieu en Algérie, le nouveau hub pour le commerce et l’investissement africain. Cette fois-ci, un large éventail d’acteurs économiques et politiques s’est réuni dans l’ambition de valoriser plus concrètement le potentiel commercial du continent noir et de persévérer dans la saga de l’intégration économique africaine. Dans ce cadre, plusieurs accords commerciaux ont été signés et nombre de forums nationaux et sectoriels stratégiques ont été organisés, dont « la journée de l’Algérie », « la journée des communautés africaines mondiales », « le salon africain de l’automobile », « le pôle africain de recherche et d’innovation » et « Youth Startups ».
La singularité de la rencontre d’Alger est d’avoir promu les échanges « dans tous les secteurs clés, à l’instar de l’agriculture, l’énergie, l’industrie, la santé et l’éducation, en plus du renforcement de la compétitivité de l’Afrique ».
La présence de la Tunisie à la Foire d’Alger a été cette année exceptionnelle, eu égard à la participation du chef de l’Etat Kaïs Saïed lui-même à l’événement et la forte délégation d’affaires ayant pris part au Salon, à l’instar du Conseil d’affaires tunisio-africain (TABC) et la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT). L’engagement politique et corporatiste de la Tunisie doit inciter à l’optimisme quant au choix stratégique de renforcer l’intégration régionale.
L’ambition intégratrice des politiques africains
L’édition IATF d’Alger qui a réuni plus de deux mille exposants et près de 35 mille visiteurs, a réaffirmé la volonté affichée par les dirigeants africains de hisser l’Afrique à des rangs supérieurs.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a donné le ton lors de l’ouverture de l’événement continental, en précisant que l’Algérie « contribuera activement aux efforts visant à relever le défi du développement dans le continent ». Il a argué par des chiffres que le poids de l’Afrique dans l’économie mondiale demeure très faible, en rappelant que « le droit de vote de l’Afrique au sein du FMI ne dépasse pas 6,5%, c’est la part la plus faible … la participation du continent à la Banque mondiale ne dépasse pas 11 %. Les échanges entre pays africains représentent à peine 15 % contre 60 % pour le commerce inter-européen. La part de l’Afrique dans les IDE ne dépasse pas non plus 6%, avec près de 74 milliards de dollars, ce qui reste très faible. Cela prive nos économies d’opportunités de croissance et de postes d’emploi pour nos jeunes ». Un bilan fort éloquent qui met en exergue le fort potentiel du continent noir et fait que « l’Afrique, c’est l’avenir …et il ne faut pas faire taire la voix de l’Afrique malgré tout son potentiel », réaffirmait le président algérien.
Dans cette lignée, les dirigeants africains ont lancé une série d’appels. Un appel à l’unité et à la solidarité lancé surtout par le président Kaïs Saïed qui prône la fin des divisions qui freinent l’essor de l’Afrique.
Un appel à l’autonomie et à la souveraineté économique défendu aussi par Kaïs Saïed. Ce dernier a affirmé que « notre continent est riche de ses ressources, mais il doit tirer les leçons du passé pour construire un avenir meilleur ». Kaïs Saïed a appelé à l’instauration d’un nouvel ordre mondial, fondé sur des valeurs humaines, la coopération et la solidarité entre les nations africaines.
Un appel à la réforme et à la rapidité a été lancé par le Secrétaire général de la ZLECAf, consistant en la nécessité de lever les barrières intra-africaines et le développement des infrastructures de transport, en plus de la réforme du climat d’investissement.
Les vecteurs de déblocage de l’intégration africaine
En dépit de certains progrès sur la voie de l’essor africain, notamment la création d’une zone de libre-échange africaine et l’intégration de l’Afrique au G20 en tant que membre permanent, et la réalisation de certains projets assurant la connexion entre les pays africains, nombre de défis persistent et sur lesquels bute l’intégration continentale.
Premièrement, un défi politique, qui consiste à dépasser les querelles et les conflits entre les différentes régions du continent et qui paralysent toute avancée réelle. Le conflit du Sahara occidental demeure le talon d’Achille de l’intégration nord-africaine et l’unité du Maghreb arabe.
Deuxièmement, un défi institutionnel, qui a trait au respect par l’ensemble des pays africains de leurs engagements en matière de démantèlement tarifaire et surtout de levée effective de toute barrière non tarifaire. A défaut, la ZLECAF reste un vœu pieux. Il est également question de diversifier les mécanismes de financement de la dynamique commerciale. Le lancement prochain en Algérie du « Fonds d’ajustement de la ZLECAF » est une nouvelle initiative phare qui va aider à accompagner les pays dans leur transition économique.
Troisièmement, un défi opérationnel qui relève de l’augmentation de la connectivité interafricaine, moyennant les projets de modernisation des infrastructures de transport terrestre et ferroviaire, la desserte aérienne directe, l’élargissement des représentations diplomatiques et l’intensification des rencontres commerciales mettant en contact les entreprises du continent pour explorer de nouvelles opportunités d’échanges commerciaux et d’investissements au double plan bilatéral et multilatéral, à l’instar du salon du commerce interafricain .
L’ancien président nigérien, Olusegun Obasanjo, a considéré que l’IATF est « un moteur essentiel de la transformation économique africaine…un moteur de la renaissance africaine ». Un rêve légitime, une nécessité, mais qui reste conditionné par un engagement collectif à la hauteur des promesses politiques.