Il est plus que temps d’agir

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Les plus optimistes ne s’attendaient pas à plus que cela du sommet arabe et islamique.
Le 9 septembre, jour de l’agression israélienne contre la capitale qatarie, Doha, les peuples arabes retenaient leur souffle, scrutant une réaction forte de l’Emirat qatari et de ses voisins du Golfe contre l’affront porté à un des traditionnels alliés arabes des Etats-Unis, un de ses plus gros investisseurs aussi et un intermédiaire clé dans les négociations de paix entre Hamas et l’entité sioniste. Trois jours plus tard, hormis une vague mondiale de soutien à l’Emirat du Golfe, aucune décision de sanctions, aucune menace de rupture ou de suspension des accords avec l’entité, sauf une convocation par l’Emirat d’un sommet urgent arabo-islamique (une semaine plus tard) à Doha et une autre par l’Algérie d’une réunion du Conseil de sécurité.
Le temps de la diplomatie n’étant pas celui des émotions ou de la revanche, il faut sans doute patienter, le temps nécessaire, avant de constater des décisions concertées, jaugées, coordonnées avec les frères, les amis, les proches et les moins proches. Mais toujours rien. Au Conseil de sécurité, l’affaire des frappes est bien examinée, la condamnation des frappes et le soutien au Qatar sont quasi unanimes à côté de l’arrogance du représentant de l’entité sioniste qui profère dans l’enceinte onusienne de nouvelles menaces contre l’Emirat et contre toute capitale arabe qui abriterait des membres du Hamas. Le lendemain, toujours rien. La communauté internationale est en conclave dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies pour examiner le projet de création d’un Etat palestinien, une feuille de route franco-saoudienne préparée depuis de longue date. C’est ainsi que la Déclaration de New York est approuvée à la majorité de 142 voix (sur 193). Rien pour ce qui concerne une quelconque réaction aux frappes israéliennes contre le respectueux émirat. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, comme le dit l’adage populaire, il faut peut-être attendre le Sommet arabo-islamique de Doha convoqué pour savoir enfin s’il y aura oui ou non une réaction forte, qu’elle soit qatarie ou arabe, à l’attaque barbare sioniste. Les peuples arabes qui ont perdu espoir de toute sanction contre l’entité sioniste en dépit de tous ses crimes avaient espoir cette fois qu’un tabou sera levé parce que l’attaque de Doha est la première du genre contre un pays du Golfe, parce que les pays de la région sont des amis des Etats-Unis, ils sont protégés par eux, ils abritent des bases militaires US et ont des relations ou des liens avec Israël.  Paradoxalement, c’est peut-être toutes ces raisons qui feront obstacle à toute sorte de sanction, fût-elle symbolique. Au lendemain du Conseil de sécurité, le Premier ministre qatari, Cheikh Mohamed ben Abdoulrahman Al Thani, est reçu à Washington par les responsables américains, l’objet des entretiens, nous a-t-on fait savoir, Gaza, rien que Gaza. Des entrevues annoncées après une première réaction à chaud du Premier ministre qatari qui a fustigé « une attaque lâche et barbare » et annoncé la convocation d’un Sommet urgent arabo-islamique. Le responsable qatari avait fixé comme objectif du conclave : la définition d’une « action arabe unie », promettant « une action concertée ». Une promesse traduite par divers analystes et médias arabes comme de probables sanctions collectives politiques, économiques, sécuritaires, pouvant aller jusqu’à la rupture ou la suspension des liens diplomatiques et financiers avec l’entité sioniste. Il s’agit, et pour cause, de trouver la voie répressive idoine qui garantisse à l’avenir la protection des capitales du Golfe et de leurs infrastructures stratégiques contre toute nouvelle attaque inattendue et injustifiée. Le bombardement des sites nucléaires d’Iran en pleine négociation avec l’administration Trump pour un cessez-le-feu entre l’Iran et Israël peut à ce titre servir d’exemple. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères tunisien publié le 13 septembre, évoque, à son tour, l’adoption d’un plan d’action arabe et islamique approprié à la situation régionale actuelle, comme objectif du Sommet qui, indique encore le communiqué, sera consacré à l’examen des derniers développements dans la région arabe à la suite de l’agression barbare sioniste contre l’Etat du Qatar.
Les responsables américains n’ont pas manqué de promettre au dirigeant politique qatari qu’une telle attaque ne se reproduirait plus, mais rien n’est moins sûr car Israël jouit d’un soutien américain indéfectible en toute circonstance et Netanyahu ne rencontre aucune opposition américaine dans sa folle fuite en avant, il agit comme bon lui semble, quand bon lui semble, terrorise la région du Proche et Moyen-Orient, bombarde le Liban, la Syrie, le Yemen, le Qatar, sous couverture américaine irréductible et dans l’impunité totale. Dans ce climat de complicité avérée, l’entité sioniste poursuit son macabre projet d’extension et d’expropriation des terres palestiniennes et peut-être un jour d’autres terres arabes. Force est de constater que militairement, les pays arabes n’ont pas les moyens d’arrêter Netanyahu mais économiquement, financièrement, politiquement, ils en ont les capacités. Le feront-ils un jour ? Ce qui est sûr : il est plus que jamais temps d’agir avant que les chars israéliens ne pointent aux portes de nos villes arabes et que leurs bombardiers ne violent encore et encore l’espace aérien arabe.
Le Sommet a bien eu lieu à la date prévue. Pour quel résultat ? Aucune sanction, aucune mesure répressive hormis une condamnation et un soutien verbaux. Promesse est, tout de même, faite pour que des initiatives, qui restent à définir, soient lancées pour pousser la communauté internationale à prendre les sanctions qui s’imposent pour briser la glace de l’impunité d’Israël.
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, disait : « Nous avons 1 milliard et demi d’âmes, nous avons des ressources infinies, des armées, des savants, des voix. Pourtant, nous agissons comme si nous étions faibles ».
Il n’avait pas tort. Les faits sont là. La déception des populations arabes aussi.

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