Donald Trump a reconnu, mardi 3 novembre, que l’armée américaine avait frappé lundi soir une infrastructure antiaérienne iranienne. Interrogé sur Fox News, le président américain a expliqué que Téhéran avait mis environ deux mois à la construire et que Washington l’avait observée de près, avant de la détruire dès son achèvement, « très gentiment », selon ses mots.
Une opération révélée par la presse américaine
L’information avait d’abord été publiée par le Wall Street Journal, puis reprise par plusieurs médias américains. Les frappes ont visé l’île de Qechm, la plus grande du détroit d’Ormuz. L’agence iranienne Irna a fait état de cinq explosions rapprochées, et des habitants ont dit avoir vu deux avions dans le ciel.
Citant des responsables américains sous couvert d’anonymat, le Journal présente cette opération comme l’une des frappes « limitées » et « défensives » menées en secret depuis plusieurs semaines. Elles n’ont pas été annoncées afin de ne pas donner l’impression d’une reprise des combats de grande ampleur. Selon CNN, trois responsables américains ont parlé d’une mesure destinée à protéger les moyens américains dans la région. Un responsable cité par le Jerusalem Post affirme que des gardiens de la révolution ont tiré un missile depuis l’île vers un appareil américain survolant le détroit, et que les forces américaines ont riposté en légitime défense.
Les gardiens de la révolution ont de leur côté affirmé avoir abattu deux drones de reconnaissance américains au-dessus de Qechm. CNN précise que le lien avec les frappes n’est pas établi. Le Centcom n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP, et l’armée israélienne dit n’avoir pris aucune part à ces opérations.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a indiqué que son pays se réservait le droit de riposter. Le président Massoud Pezeshkian a pour sa part averti qu’une reprise des hostilités ne profiterait « à personne » et que son gouvernement cherchait une issue par le dialogue. Selon lui, le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, lui a accordé des « pouvoirs » pour aborder dans les pourparlers des sujets jusque-là tabous, sans autre précision.
Des négociations toujours en cours
Ces frappes interviennent alors que Donald Trump laissait entendre lundi qu’un accord avec l’Iran « pourrait arriver ». Mardi, le Qatar, médiateur du dossier, a assuré que les deux parties restaient engagées dans la négociation et que Doha travaillait à un accord intérimaire, tout en prévenant que toute escalade compliquerait les discussions. Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a répondu que la balle était dans le camp américain pour éviter la guerre.
Le calendrier politique pèse sur le dossier. Les frappes ont eu lieu la veille des élections de mi-mandat, alors que des médias évoquaient ces derniers jours une possible campagne militaire courte et intense une fois le scrutin passé. Le Wall Street Journal ajoute que Donald Trump penchait pour une attaque de grande ampleur après le vote, sans avoir tranché. Il rapporte aussi que des pays arabes du Golfe se préparent à une éventuelle reprise des frappes américaines et à des représailles iraniennes.

Donald Trump laissait entendre qu’un accord avec l’Iran « pourrait arriver »
Ormuz, le nœud du conflit
La guerre a commencé le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies d’un cessez-le-feu en avril, puis d’un protocole d’accord en juin. Cet accord a volé en éclats cet été, avant une accalmie observée depuis début septembre. Le conflit est aujourd’hui enlisé, selon l’AFP.
L’Iran verrouille le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre, et les États-Unis imposent en retour un blocus aux ports iraniens. Mardi, Donald Trump a affirmé à Fox News que Washington avait le « contrôle total » du détroit grâce à ce blocus. Lundi, Téhéran a proposé de rouvrir le passage en deux jours, contre sept dans un plan précédent, refusé en septembre par Washington. L’Iran réclame en échange un cessez-le-feu sur tous les fronts, le dégel de ses avoirs à l’étranger, la levée des sanctions pétrolières et la fin du blocus naval.
Les marchés réagissent à chaque signal. Le baril de Brent a chuté de plus de 7 % lundi sur l’espoir d’un accord, puis il est reparti à la hausse mardi pour s’établir à 105,75 dollars en fin de matinée. Il valait environ 70 dollars avant la guerre.
(Avec Agences)