Les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) ont inauguré samedi soir leur 36ᵉ édition au Théâtre de l’Opéra de Tunis. L’événement a rassemblé de nombreux cinéastes, producteurs, critiques et professionnels du secteur, venus de divers pays d’Afrique et du monde arabe, confirmant une fois de plus la vocation panafricaine et panarabe du festival.
La cérémonie d’ouverture s’est distinguée par une mise en scène volontairement épurée. Aucun tapis rouge n’a été déroulé à l’entrée de la Cité de la culture, un choix symbolique assumé par l’organisation pour affirmer un retour aux fondements militants des JCC. L’accueil des invités s’est fait à l’intérieur même de la Cité et du Théâtre de l’Opéra, privilégiant la rencontre artistique et la célébration du cinéma plutôt que le faste protocolaire.
Cette 36ᵉ édition qui se poursuit jusqu’au 20 décembre, se déploie dans plusieurs espaces culturels de la capitale, notamment au sein de la Cité de la Culture de Tunis, mais aussi dans différentes salles de projection et dans certaines régions du pays, afin de rapprocher le cinéma de ses publics et d’élargir l’accès aux œuvres programmées.
Annoncée pour 18 heures, la cérémonie d’ouverture, d’une durée d’environ trente minutes, a finalement débuté avec près d’une heure de retard. Elle a néanmoins donné le ton de cette édition, avant la projection du film d’ouverture, Palestine 36, réalisé par la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir. Ce long-métrage, choisi par la Palestine pour la représenter aux Oscars, a immédiatement inscrit la soirée dans une dimension à la fois artistique et politique.
Dans une allocution brève mais dense, le directeur des JCC, Tarek Ben Chaabane, a rappelé la place singulière qu’occupent les JCC dans l’histoire du cinéma. Il a souligné que le festival, tout en restant fidèle à son héritage, continue d’évoluer et de se renouveler, porté par une dynamique où l’image, le son et l’émotion se conjuguent pour interroger le monde contemporain. L’amour du cinéma, le partage des expériences créatives et la transmission demeurent, selon lui, au cœur du projet des JCC. Il a également évoqué la mémoire du compositeur libanais Ziad Rahbani, tout en rappelant, à travers une citation du réalisateur américain Martin Scorsese, l’urgence de défendre le cinéma face aux dérives commerciales de l’industrie. Avant de proclamer l’ouverture officielle du festival, il a réaffirmé l’attachement indéfectible des JCC au cinéma d’auteur.
Un extrait du film “Nahla” (1979), tourné à Beyrouth en 1978 en pleine guerre civile libanaise, a également été projeté. Ce long-métrage, largement salué par la critique internationale lors de sa sortie, retrace le parcours d’un journaliste algérien venu couvrir le conflit libanais, offrant un regard à la fois intime et politique sur une période charnière de l’histoire de la région.
Un Tanit d’or honorifique a ensuite été remis au producteur tunisien Abdelaziz Ben Mlouka, en reconnaissance de son apport majeur au cinéma tunisien. Le festival lui consacre une immersion dans son œuvre à travers une sélection de films marquants tels que La Villa, Fleur d’oubli, Les Palmiers blessés, Le Dernier mirage et Poussières d’étoiles. Ce parcours met en lumière une carrière caractérisée par l’exigence artistique, l’engagement et la prise de risques thématiques.
Des hommages posthumes ont également été rendus à plusieurs figures marquantes du cinéma tunisien, africain et arabe récemment disparues, parmi lesquelles Fadhel Jaziri, Souleymane Cissé, Mohamed Lakhdhar-Hamina, Claudia Cardinale, Ziad Rahbani, le critique libanais Walid Chmait et le réalisateur bénino-sénégalais Paulin Soumanou Vieyra, rappelant l’héritage riche et pluriel sur lequel s’appuie le festival.
La sélection officielle de cette 36ᵉ édition réunit 42 films issus de 19 pays, dont neuf productions tunisiennes. Ces œuvres sont réparties entre trois grandes compétitions : longs-métrages de fiction, longs-métrages documentaires et courts-métrages. Elles reflètent la diversité des écritures et des regards venus notamment d’Algérie, d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Maroc, du Sénégal, du Nigeria, du Soudan, de la Palestine, du Liban, d’Afrique du Sud et de Tunisie.
Le jury de la compétition des longs-métrages de fiction est présidé par la réalisatrice et scénariste palestinienne Najwa Najjar. Il réunit des cinéastes et professionnels reconnus, dont Kantarama Gahigiri, Lotfi Achour, Lotfi Bouchouchi, ainsi que le critique et historien du cinéma français Jean-Michel Frodon.
En parallèle, la plateforme professionnelle Carthage Pro, organisée du 15 au 18 décembre, accompagne les projets cinématographiques à différentes étapes de leur développement, de l’écriture à la post-production. Elle comprend notamment les ateliers Takmil, dédiés à la finalisation des films, et Chabaka, axés sur le développement de projets. La compétition Ciné Promesse met quant à elle en lumière douze films d’écoles issus de huit pays, offrant une vitrine aux talents émergents.
(Source : TAP)
Photos : Jalel Ferjani