A l’occasion de la première édition de Kotouf Festival des Littératures du Sud qui aura lieu au Centre méditerranéen des ressources associatives à Houmt Souk-Djerba, Fatma Dellagi-Bouvet de la Maisonneuve, membre du comité de direction composé également de Mounira Dhaou, Marielle Anselmo et Sourour Barouni, revient sur ce rendez-vous unique. Du 17 au 18 octobre 2025, l’île de Djerba, récemment inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, accueillera écrivains du Sud et du Nord pour explorer la thématique « Nord/Sud : quelles écritures ? » à travers tables rondes, lectures, ateliers et rencontres conviviales.
Pour Fatma Dellagi-Bouvet de la Maisonneuve, également écrivaine et psychiatre tunisienne installée à Paris, ainsi que membre du Parlement des écrivains francophones, ce festival n’est pas seulement un événement littéraire, mais une véritable célébration de la créativité, du dialogue et du rayonnement culturel de Djerba. Interview.
D’où est venue l’idée de créer ce festival et quelles ont été les principales inspirations derrière sa conception ?
Le moment est venu de mettre en valeur les intelligences, les pensées et les écritures du Sud du monde. Notre ambition est de promouvoir la décentralisation de la pensée et de valoriser les productions intellectuelles et créatives du Sud. En Tunisie, le Sud est souvent ignoré, ou réduit à son image touristique. Pourtant, intellectuels, poètes, écrivains, artistes et scientifiques y sont bien présents et reconnus. C’est de cette réalité qu’est née l’idée de ce festival.
En ces temps difficiles, la littérature a le pouvoir d’apaiser les esprits et de nous rapprocher, car elle nous incite à réfléchir et à dialoguer. Nous avons voulu réunir des personnalités littéraires afin de partager leurs idées et de construire ensemble un espace de réflexion et d’inspiration.
Allez-vous faire appel à des sommités dans le domaine de la littérature pour cette édition ? Si oui, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces personnalités et leur rôle dans le festival ?
Évidemment, les noms des invités parlent d’eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux ont déjà reçu des prix prestigieux en 2025, et d’autres distinctions leur seront attribuées d’ici l’ouverture du festival, nous en sommes certaines. Plusieurs auteurs tunisiens et étranger de renom partageront leurs réflexions, leurs parcours et leur vision de la littérature contemporaine. On cite à ce propos Ananda Devi (Île Maurice), Emna Belhaj Yahia (Tunisie), Hassanine Ben Ammou (Tunisie), Faouzia Zouari (Tunisie), Fethi Ben Maamer (Tunisie), Lotfi Chebbi (Tunisie), Lise Gauvin (Canada), Hafida Karabiben (Tunisie), Nadia Khiari (Tunisie), Tanella Boni (Côte d’Ivoire), Georgia Makhlouf (Liban), Mohamed Mahjoub (Tunisie), James Noël (Haïti), Nimrod (Tchad), Jean-Luc Raharimanana (Madagascar) et Walid Hajar Rachedi (France).
Parmi eux, figurent des sommités tunisiennes et internationales. Fidèles à l’esprit du festival, nous souhaitons explorer une question centrale : écrit-on différemment lorsqu’on vient du Sud ? Des invités venus du Sud de la planète seront présents, d’autres du Nord, et nous travaillerons ensemble avec le public pour réfléchir à cette problématique des écritures du Sud et du Nord.
Quels sont les principaux objectifs que vous souhaitez atteindre à travers ce festival, tant sur le plan culturel que social ou éducatif ?
Nous souhaitons mettre en lumière l’intelligence du Sud et la placer au cœur des débats mondiaux. Notre ambition est de faire de la Tunisie un véritable carrefour de pensée, de littérature, d’art et de culture de haut niveau. La littérature et la culture jouent un rôle essentiel dans le dialogue entre les humains : elles nous permettent de nous retrouver, de partager et de communier ensemble.
Fidèles à l’esprit du festival, nous souhaitons explorer une question centrale : écrit-on différemment lorsqu’on vient du Sud ?
Pour moi, la littérature est un outil de paix : elle nous invite à penser, et penser peut sauver des vies, tant au sens concret qu’au sens symbolique, en offrant accès à des réflexions profondes et à des idées complexes.
Pour cette première édition, nous avons collaboré avec de nombreuses universités et établissements scolaires, qui seront largement représentés. Élèves et étudiants seront pleinement impliqués, contribuant ainsi à faire de ce festival un espace vivant d’échanges et de découvertes.
Quels seraient les moments forts de cette édition et les événements à ne pas manquer pour le public ?
Tout aura son importance lors de ce festival. Nous proposons une palette variée de rencontres : tables rondes, échanges rapprochés entre autrices, auteurs et public, lectures performées accompagnées de musique et d’acteurs.
Une exposition de photographies issues d’un concours organisé par le photographe Pierre Gassin auprès des élèves de l’île sera présentée quelques jours avant le festival. Les élèves, accompagnés de leurs professeurs d’arts plastiques, viendront illustrer à leur manière ce qu’ils auront entendu des écrivaines et écrivains.
Pendant les pauses, des jeunes chanteront et joueront des instruments de leur choix, et des projections d’un film palestinien viendront enrichir le programme. Il n’y aura aucun temps mort, afin de répondre à toutes les envies du public et rendre chaque instant du festival vivant et mémorable.
En Tunisie, le Sud est souvent ignoré, ou réduit à son image touristique. Pourtant, intellectuels, poètes, écrivains, artistes et scientifiques y sont bien présents et reconnus.
Qui se trouve derrière l’organisation de cette manifestation et quels sont les partenaires ou institutions qui soutiennent ce projet ?
Le comité de direction du festival est composé de quatre femmes, et notre sponsor principal est Amen Bank. Nous bénéficions également du soutien de nombreux partenaires : Destination Djerba, Talan, l’Institut Français de Tunisie, l’ambassade du Canada, Sanabel, Seabel Rym Beach, Dynamix, Europcar, Djerba Explore, le Parlement des écrivaines francophones, Nouvelles Générations, l’UNESCO, Tunisair Express, ainsi que de mécènes qui ont cru en notre projet depuis ses débuts.
Cet événement est organisé avec l’appui de l’Association d’activités culturelles de Djerba et de Djerba Management Organisation, qui contribuent à en faire une rencontre culturelle majeure, riche en échanges et en créativité.
Vous avez choisi Djerba comme lieu de ce festival. Qu’est-ce qui a motivé ce choix et en quoi Djerba est-elle un lieu emblématique pour accueillir cet événement ?
Djerba s’est imposée comme un choix naturel lorsqu’il s’agit de célébrer les Sud et le Sud de la Tunisie. La récente reconnaissance par l’UNESCO, pour toutes les raisons évoquées dans le dossier, a également été un argument de poids. Il y a une forme de lassitude à voir notre patrimoine culturel tunisien relégué au second, voire au troisième plan lorsqu’on parle de tourisme en Tunisie, Djerba étant l’exemple le plus emblématique et pourtant injustement réduit à une simple destination balnéaire.
Pourtant, l’île est magique, non seulement par ses plages et ses couleurs, mais surtout par sa culture ancestrale et contemporaine, ainsi que par la richesse de ses habitants. Tout à Djerba inspire, et l’on y respire un air que Flaubert décrivait comme si pur qu’« il empêche de mourir ».
Propos recueillis par Mohamed Ali Sghaïer