La romancière égyptienne Kamilia Abdelfattah a remporté le premier prix de l’édition 2025 du Prix Abou El Kacem Chebbi pour la littérature arabe, décerné par la Banque de Tunisie lors d’une cérémonie tenue au palais de Ksar Saïd. Son roman « أن يتأرجح بك » s’est imposé face à une sélection relevée et une participation exceptionnelle, confirmant la puissance de sa construction narrative et la maturité de son écriture. Le prix, doté de 25.000 dinars, vient consacrer une œuvre qui a marqué le jury par la finesse psychologique de ses personnages et l’équilibre subtil entre narration romanesque, souffle poétique et introspection.
Le deuxième prix, celui d’honneur, a été attribué au sociologue et écrivain tunisien Tahar Labib, figure majeure des sciences humaines dans le monde arabe. Le jury a salué un parcours intellectuel dense, marqué par des travaux fondateurs sur la sociologie de la poésie, de la culture et du monde arabe. Le lauréat a choisi de dédier symboliquement cette distinction aux enfants de Gaza, donnant à cette récompense une portée morale supplémentaire. Plusieurs mentions spéciales ont également été remises, notamment à Azza Filali, Habib Jgham, Abdel Majid Mraihi, Jamel Sassi, ainsi qu’aux jumelles Bissan et Bilsan Kouka, qui ont été sacrées championnes de la lecture arabe lors du Dubai Reading Challenge Award.
Il convient de noter que l’édition 2025 du Prix Abou El Kacem Chebbi a enregistré quarante-trois candidatures provenant de divers pays arabes. Après un premier tri, quatre romans ont été retenus dans la liste finale. Il s’agit de « عقدة ستالين » d’Abdelouahab Aïssaoui (Algérie), « أن يتأرجح بك » de Kamilia Abdelfattah (Égypte), « أثر الدبّ » de Honar Karim (Kurdistan irakien) et « غير مرئية » de Shereen Fathy (Égypte). Le jury, présidé par le romancier Moncef Louhaibi et composé de Mohamed Khabou, Hayet Khiari, Afrah Jabali et Fakher Bellagha, a mené l’ensemble du processus de sélection, écartant notamment certains manuscrits pour non-conformité aux conditions.
La cérémonie s’est déroulée dans le cadre somptueux de Ksar Saïd, un lieu où l’histoire semble s’enrouler autour de chaque arc et de chaque marbre. Diplomates, universitaires, écrivains, artistes et invités venus de plusieurs pays étaient présents, avec la participation remarquée de l’intellectuel qatari Khaled Al-Jabeur, invité d’honneur. Les lectures poétiques assurées par l’actrice Wahida Dridi, puis les récitations vibrantes des jumelles Bissan et Bilsan Kouka, ont donné à la soirée un rythme où la littérature dialoguait directement avec l’émotion.
La journaliste Zeineb Malki a également plongé le public dans les fragments de vie d’Abou El Kacem Chebbi, réactivant la présence du poète dans ce lieu chargé de mémoire.
Le directeur général de la Banque de Tunisie, Hichem Rebai, est revenu dans son discours sur l’héritage de l’institution qui totalise cent quarante-et-un ans d’existence, ainsi que sur la longévité du prix créé en 1984. Il a rappelé l’importance de soutenir la culture à une époque dominée par la logique du rendement, des chiffres et de la technologie, et a souligné que célébrer la littérature reste un acte de résistance face à la standardisation imposée par le numérique et l’intelligence artificielle. En évoquant Chebbi, qu’il a décrit comme le poète de la vie et du rêve, il a insisté sur la nécessité de préserver la créativité et l’identité à travers des initiatives comme ce prix.