Le monde est retombé aux bas-fonds de la régression morale, au point qu’on peut se demander si nous ne sommes pas revenus aujourd’hui aux années trente, quand la plus avilissante entreprise de haine conçue par l’humanité était présentée comme le paradis et que le nazisme et le fascisme passaient pour des solutions révélées. Finie la sagesse des symboles de la paix, Nobel lui-même n’est qu’une fiction. Finie l’autorité morale de tous les pacifistes qui ont clamé d’une même voix, après la Seconde Guerre mondiale :» Plus jamais la guerre», ce sont tous des filous et des félons. Finis les vertus, les valeurs démocratiques, la charte onusienne, le texte fondateur de l’ordre mondial, les droits de l’homme, il ne reste que la haine, les guerres, les génocides et les sauvages obscurités dont les «nouveaux maîtres du Monde» voudraient bien éviter la vue.
Les attaques contre le droit international n’ont jamais été aussi criantes. Le Monde entier subit une érosion destructrice, qui se manifeste dans cet état d’affolement où les grandes puissances à vif s’embrasent à la moindre étincelle, où une sorte de haine banalisée semble avoir dominé les esprits, où «l’autre» différent de race, de religion ou de simple bord idéologique devient immédiatement l’ennemi mortel, où les génocidaires et les criminels de guerre font la loi.
Mais qu’ont-ils fait tous pour qu’on en arrive là ? Les leviers de l’ordre mondial seraient-ils, à tous les niveaux, entre les mains de génocidaires qui n’ont aucun sens de l’intérêt humain et celui de leurs peuples en premier lieu ? Il faut se demander ce que les criminels de guerre et tous ceux qui les soutiennent aveuglément avaient en tête. Est-ce qu’ils ont consenti à ce qu’ils ont ensuite découvert sur les champs de leurs crimes ? Bien sûr que oui. Les tyrans, les meurtriers, les génocidaires et les criminels de guerre consentent à tuer, à dominer, à subjuguer, à détruire, pas pour convaincre mais pour tuer en l’être humain ce qu’il possède de plus précieux : le goût du rêve et celui de la dignité.
L’histoire n’a pas manqué de révéler la complaisance, voire la complicité de la France, la Grande-Bretagne et des États-Unis envers Hitler et Mussolini avant 1939. Un comportement ignoble qui a encouragé les industriels nazis et fascistes de la mort à transformer la fin de la première moitié du vingtième siècle en charnier avec ses millions de victimes. Et cela continue encore et encore. Sommes-nous en 1939 ou en 2025 ? Une question parfaitement rhétorique et la réponse est incluse : après cette aveugle complaisance occidentale envers un criminel de guerre génocidaire, est-il possible d’éviter un nouveau charnier ?
Quand les fantômes de l’histoire occidentale s’invitent aux balcons de l’horreur actuelle en Palestine occupée, certaines questions sont, il est vrai, d’une grande utilité, elles invitent à revisiter la chronique de cette maudite complicité.
A-t-on atteint le «pic génocidaire», se demandent, depuis quelques mois, les pouvoirs occidentaux qui ont la complaisance et la complicité partagées ? Le dernier stade au-delà duquel commence la prise de conscience ?
Comment devient-on complice d’un génocidaire dans une démocratie occidentale ?
Forts du constat selon lequel on ne naît pas ennemi de l’humain, on le devient même en démocratie et par la voie des urnes, nous devons alimenter une réflexion autour de cette question qui n’est pas aussi simple qu’elle n’en a l’air.
J’ai bien conscience que vous me prenez pour un rêveur, lanceur d’alerte, qui analyse le présent par le filtre du passé, c’est sans doute pour cela que je ne m’y retrouve pas.