La déchéance …

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Le problème du «Monde arabe» n’est pas, seulement, la colonisation israélienne et ses génocides en Palestine occupée, ses crimes de guerre au Liban et en Syrie, quotidiennement bombardés, mais plusieurs pays «frères» aussi, dont notamment les pays arabes riches. Chacun de ces derniers œuvre pour régner en maître dans la région. Au début, ils ont essayé de nager sans pour autant se mouiller, aujourd’hui, ils sont motivés, à visage découvert, par une ambition et des visées hégémoniques presque déclarées. La spécificité de plusieurs guerres actuelles, menées dans quelques pays arabes, réside dans le fait que les armes proviennent des pays «frères». Aussi le financement est-il arabe, alors que la planification et l’orientation du cours des batailles sont entre les mains des mercenaires payés par l’argent arabe.
Cette situation désastreuse creuse des brèches dans les périodes sombres de l’Histoire de la Nation, explore le deuil, les traces de la discorde dans les esprits et les âmes et met en relief une fresque houleuse datant du septième siècle, la même mécanique de la fatalité, la même désolation, la même errance.
Dans cette affaire, il n’est plus question donc d’ennemi extérieur, d’impuissance, de défaites accumulées, mais plutôt de fuite en arrière et de suicide civilisationnel généralisé. C’est l’image de l’»Arabe» qui a choisi comme métier d’écorcher vif ses frères. L’image d’une réalité arabe fort dégradée où les frères s’entretuent, où le père se ligue avec ses ennemis contre ses propres fils. C’est en somme la pire des redditions.
A bien regarder les faits, les péripéties de cette tragédie se trament avec virtuosité. Qu’on se rappelle ce qui s’est passé au Liban, et le rôle joué par les Libanais eux-mêmes dans l’embrasement de la guerre civile.
Qui a occupé le Koweït et qui a menacé la sécurité de l’Arabie saoudite en 1990 ? Qui a frappé l’Irak dans la première guerre du Golfe, appuyé les envahisseurs et préparé le terrain avant l’assaut éclair lancé sur Bagdad, pendant la deuxième guerre du Golfe ? Qui a livré la Syrie aux Turcs et aux Israéliens ? C’est l’»Arabe», dans la guerre sauvage qu’il livre contre ses proches et ses frères. Entre-temps, la guerre civile au Soudan a soulevé de nouveau la question du rôle joué par quelques pays arabes dans ce conflit. De nombreux civils ont péri sous les bombes, par la faim, fauchés par les maladies ou usés par le désespoir. L’exode de ce peuple arabe est le plus important qu’ait connu le monde après la Seconde Guerre mondiale.
Ces questions ont fait couler beaucoup d’encre et alimentent des discussions depuis des décennies. Et qui n’ont pas fini de nourrir maintes querelles.
Mon but n’est pas de jeter de l’huile sur le feu, bien que la situation en Palestine, en Syrie, au Liban, au Yémen, en Libye, au Soudan soit particulièrement dangereuse. Ce que je veux : comprendre la profondeur de champ de cette «singularité arabe», éclairer sa portée en esquissant sa généalogie.
Il faut regarder les choses en face : le «Monde arabe» est confronté à une maladie incurable : l’effondrement du système existant et ses institutions dont notamment la Ligue arabe. L’enjeu, dans cette région stratégique, est immense. Car il est question de respecter les valeurs de cette Nation, de se conformer à ses principes, à supposer que ces principes soient clairs, ce à quoi devraient de nouveau s’atteler tous les pays arabes.
Au fondement de ces principes, impérieusement, ne pas permettre aux «frères» de s’entretuer directement ou par forces interposées.

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