La Tunisie figure parmi les pays dépourvus d’armes nucléaires, la plupart sur terre. Ils assistent, en spectateurs des puissances détentrices de puissances destructrices leur permettant la gestion des affaires planétaires.
Le 29 octobre, lors de pourparlers tenus en Corée du Sud, XI Jinping et Donald Trump proclament leur accord pour mettre un point final à la guerre commerciale.
Le 1er novembre Trump, renchérit : « Que Dieu bénisse la Chine et les États-Unis. » Bien disposé, il décide une réduction de 10% des taxes imposées à la Chine pour l’importation américaine de fentanyl. XI Jinping achètera, dorénavant, bien plus de biens américains. De part et d’autre, le sourire dit : nous serons, désormais « partenaires et amis ». L’Amérique et la Chine, premières puissances nucléaires avec la Russie, enterrent, entre elles, la hâche de guerre. Dès lors, les autres adversaires ou partenaires semblent compter pour du beurre.
Et Trump quitte la Corée du Sud sans passer, comme annoncé, d’abord, par la Corée du Nord. L’air malin, il dit n’avoir pas le temps de voir Kim Yong Un. Médusée, l’humanité observe la gesticulation des plus et mieux outillés.
Mais à quoi sert leur exhibitionnisme nucléaire ? Dans son cours de l’an 1967, auquel j’assistais, Raymond Aron évoquait la question de la dissuasion. Par définition, elle paralyse la tentation de recourir au pire. Car si j’appuie sur le bouton, l’adversaire en fera autant. Pour cette raison, la réplique parolière l’emporte sur l’utilisation militaire.
Mais l’usage outrancier du bavardage entraîne l’accentuation de la tension, propice à la conflagration. Car, jamais non loin du bouton, campent, entre autres, XI Jinping, Trump, Kim Jong Un et Macron.
Néanmoins, l’usage abusif du langage favorise le dérapage. L’un ou l’autre pourraient céder à la fébrilité tant l’accident peut arriver. L’arme n’est rien sans la main des humains. Déjà, au Ve siècle avant J.C, Protagoras écrivait dans son ouvrage titré « De la vérité » : « L’homme mesure de toute chose ».
Au vu des va-et-vient permanents des multiples dirigeants, Blaise Pascal a bien raison : « Tout le malheur des hommes vient d’une chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ».
Par son instabilité psychomotrice, Trump donne à voir le modèle idéal de ce vice générateur de mille et un sévices. Baudelaire, lui aussi, incrimine l’ennui : « C’est l’ennui, l’œil chargé d’un pleur involontaire / Il rêve d’échafauds en fumant son houka / Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat / Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! ».
Mais outre le spleen, bête noire de Baudelaire, un tout autre critère sous-tend l’éventuel recours au nucléaire. Si l’adversaire boude son bouton, c’est, surtout, par « crainte et tremblement », dirait le très chrétien danois Soren Kierkegaard.
Baudelaire, encore lui, ajoute ceci : « C’est que notre âme, hélas, n’est pas assez hardie ». La crainte figure parmi les dispositions subjectives les plus décisives. En jouant aux fanfarons, nous occultons, souvent, la terrible et honteuse malfaçon. « Toutes les vérités ne peuvent se dire », écrivait Baltasar Gracian y Morales. Tout vindicatif cache un craintif.
Trump craint Poutine et Poutine craint Trump. Tous deux gravitent autour d’une même conclusion : la peur est au principe de la dissuasion.