La haine de l’étranger comme programme électoral

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Il se passe quelque chose de malsain dans la plupart des pays occidentaux à deux ou trois exceptions près : la stigmatisation de l’Islam et la diabolisation des musulmans. Une vague de haine montante qui prend les proportions d’un tsunami quasi mondial soutenu par des chefs d’Etat et de gouvernement, par des élites de tous bords, par une partie de plus en plus large de l’opinion occidentale. Les partis d’extrême droite en pleine expansion en Occident en font leurs choux gras, leurs thèmes de meetings, leurs slogans de campagne électorale et l’essence de leurs projets de politiques publiques.
Il ne se passe pas un jour sans que des figures, voire des dirigeants, politiques et d’autres médiatiques de grande écoute et influentes, ne lâchent, du haut de leurs tribunes ou devant les caméras et aux micros, leurs discours de haine et racistes contre les musulmans, qu’ils soient migrants, étrangers ou binationaux, travailleurs, étudiants ou visiteurs, contre les préceptes et la pratique de leur religion, contre leurs tenues vestimentaires, contre leur présence même dans des pays « chrétiens à la base », soutient l’homme politique français d’extrême droite Eric Zemmour.
Le président du parti Reconquête, lobbyiste du « Grand remplacement », va jusqu’à décider unilatéralement que « l’Islam est incompatible avec la France », assurant même, Dieu seul sait par quelle prophétie, à une journaliste que « dans vingt ans, (sa) fille ne pourra pas sortir sans voile ». A cela, il faut ajouter la montée des actes islamophobes qui visent les femmes voilées, les mosquées, le racisme dans l’espace public, au travail, un courant imputrescible de haine de l’autre, de son identité, de ses origines, une idéologie discriminatoire avec, pour socle, le rejet de l’étranger même s’il est ancré dans sa société d’accueil depuis des générations. Mais pas pour tous les étrangers. Que les Arabes, les musulmans. Pourquoi ?
La raison essentielle avancée est la violence, l’insécurité, comme si les risques ne venaient que de cette communauté arabo-musulmane. D’autres communautés d’origine étrangère sont également impliquées dans les violences, les narcotrafics, le terrorisme. La violence est condamnable d’où qu’elle vienne et elle doit absolument être combattue, proscrite, par tous les moyens. Sauf celui de l’humiliation, des insultes, des parjures, souvent des accusations mensongères, par des médias mainstream contre pas moins de deux milliards de musulmans, soit un peu plus de 25% de la population mondiale. Cet amalgame n’est pas innocent, il est stratégique, il est au cœur d’une vision politique et stratégique visant l’affaiblissement et l’avilissement des musulmans, la vassalisation et la spoliation de leurs pays et de leurs gouvernements de toute velléité souverainiste. Le tout enveloppé dans une politique anti-immigration de plus en plus agressive à cause de la récession économique dont les étrangers sont rendus responsables par l’extrême droite.
Tous les pays ont le droit, et l’obligation, de traiter la question migratoire en fonction de leurs propres intérêts et de gérer les crises économiques et financières quand elles se présentent. Ce qui relève, cependant, de l’indécence et de l’inexpérience politique, c’est la cabale médiatique menée contre des boucs émissaires à qui on fait assumer la responsabilité de tous les échecs d’un pays, les populismes qui ont fait exploser tous les codes du vivre-ensemble, du dialogue, de la diplomatie apaisée, et ont remis au goût du jour une idéologie longtemps réprimée, conspuée, le suprémacisme blanc, occidental.
Depuis la réélection du président américain Donald Trump, malheureusement, cette idéologie est devenue légion, y compris en Europe où l’extrême droite monte en puissance.
Le 7 octobre 2023 et le génocide israélien qui s’ensuivit à Gaza sont l’incendie planétaire qui a contribué à propager la haine contre les musulmans à travers le monde et vice-versa celle des musulmans contre les sionistes génocidaires, pas contre les juifs dont beaucoup condamnent et rejettent la spoliation des terres palestiniennes par les sionistes israéliens. Cependant, cette islamophobie n’est pas reconnue en tant que telle, contrairement à l’antisémitisme qui est combattu par tous à l’unisson et par tous les moyens jusqu’à bousculer les politiques publiques, les arsenaux juridiques et les libertés de parole et de penser dans les pays occidentaux.
Tout ceci dans un mutisme sidérant des pays musulmans, certains d’entre eux sont des puissances économiques, militaires et même nucléaires. Aucune réaction, aucun communiqué de contestation, aucune prise de parole pour défendre les principes de tolérance et de solidarité de la religion musulmane et l’honneur du quart de la planète.
Comme toutes les religions, l’Islam a des adeptes radicaux, mais compte aussi des modérés, des musulmans laïcs et des non-pratiquants. Par ailleurs, les Arabes ne sont pas tous musulmans, ils peuvent être chrétiens, bouddhistes ou athées. Ceux qui prônent la haine de l’Arabe ne sont finalement que des opportunistes des jeux politiques bas de gamme. Des jeux politiques qui ont un objectif stratégique, à savoir l’émergence de la suprématie sioniste que les soutiens génocidaires prônent sous le slogan « le peuple élu ». Et pour cela, il faut casser de l’Arabe et du Musulman.
A noter au passage qu’en dépit de l’agressivité et de l’intensité des campagnes et des actes islamophobes à travers le monde occidental, le monde arabo-musulman reste serein sauf pour ce qui concerne la cause palestinienne et plus particulièrement le massacre des civils palestiniens à Gaza qui est davantage défendu sur les réseaux sociaux que dans la rue arabe et musulmane.
Ni les chrétiens, ni les catholiques, ni les bouddhistes, ni les athées, ni les juifs (pas les sionistes) ne font l’objet de campagnes de diabolisation et d’insultes. Ils ne font pas les manchettes des journaux arabes et musulmans, ni ne s’invitent dans leurs débats télévisés ou radiophoniques houleux. Alors, qui sont les racistes, les haineux ? Pourquoi toute cette haine ? A qui profite-t-elle ? A qui profite la graine de la discorde et de la division au sein d’une société ? Sûrement pas aux migrants et aux étrangers. Aux fauteurs de troubles ? Sans doute. Ces derniers ne sont pas des hommes et des femmes d’Etat.

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