Qui l’eût cru? Quiconque aurait spéculé, il y a seulement quelques semaines, que le président des États-Unis, Donald Trump, pouvait donner l’ordre à ses forces armées de capturer le président du Venezuela, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, serait passé au mieux pour un charlatan illusionniste, au pire pour un idiot insane.
On ne sait pas encore si Donald Trump réussira à construire son mur à la frontière mexicaine, s’il parviendra à dénucléariser la Corée du Nord de Kim Jong-un, l’homme dont il a avoué être «tombé amoureux» après leur première rencontre en 2018, s’il interviendra pour soutenir les manifestants en Iran. Mais après plusieurs menaces et intimidations, on peut lui attribuer le «faux mérite» d’avoir torpillé l’«ordre international» établi par son pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un coup mortel vient d’être porté au droit international.
D’humeur plus martiale encore que n’avaient été les plus belliqueux de ses prédécesseurs, Trump ne s’en est pas caché pendant la première année de son deuxième mandat : il voulait défaire un ordre international qu’il jugeait défavorable à son pays. Voilà revenue l’Amérique de «la baie des cochons, de l’occupation d’Haïti, de l’invasion de la Grenade, celle des contras au Nicaragua, de la cagnotte aux camionneurs chiliens, de la spéculation sur le cuivre contre Allende», rappelaient plusieurs historiens politiques.
On aimerait savoir ce qu’en pensent les juristes et les politiciens occidentaux pour qui la Cour pénale internationale a toujours été le garant de l’application du droit international.
Après les frappes sur les installations nucléaires iraniennes, le génocide à Gaza, l’intervention militaire au Nigeria, les États-Unis viennent de faire sauter ce qui formait un pan du droit universel.
La preuve n’est plus à donner que le Venezuela de Maduro présente toutes les caractéristiques des pires dictatures. De nombreux Vénézuéliens ont péri sous la torture, sous la violence des paramilitaires, frappés par la criminalité, fauchés par les drogues, usés par le cynisme, l’incurie, la corruption, opprimés ou ébranlés par le désespoir. Le régime de Maduro suscite de nombreuses critiques virulentes, mais la violation de la souveraineté d’un pays indépendant et l’enlèvement de son président n’ont de sens que si l’on comprend l’exploitation que les génocidaires, les criminels de guerre, les despotes, les autocrates vont en faire.
C’est un coup fatal porté au crédit de la première puissance mondiale, à ses discours sur la justice, la légalité, la souveraineté, la démocratie, les droits de l’homme, à la notion même de l’ordre mondial. Bref, un désastre géostratégique majeur.
L’enjeu, pour le monde, est, aujourd’hui, immense. Le système des Nations unies, établi en 1945 à la suite de la défaite des nazis, est fondé sur les valeurs universelles et, au fondement de ces valeurs, impérieusement, ne pas permettre l’invasion d’un pays souverain. Or, c’est bien l’inverse qui s’est produit. Ce constat tient de l’évidence, mais il est nécessaire de le rappeler, alors même que les fléaux, qui ont détruit l’Empire romain, influencent profondément ses héritiers.
J’ai relevé, à plusieurs reprises dans cette rubrique, qu’au cours de la dernière décennie s’est opérée une nouvelle hiérarchisation du monde permettant un retournement du risque géopolitique dans la mesure où les États-Unis apparaissent comme la principale source d’un nouveau colonialisme alors que, par effet d’aliénation, l’Europe risque d’avoir le même sort. Si le Vieux continent prétend être utile en la circonstance, ce n’est sûrement pas en cédant aux tendances hégémoniques de Donald Trump. C’est en retrouvant assez d’orgueil et de sagesse pour prétendre à une position honnête et courageuse contre la violation éhontée du droit international.