Plus de vingt-cinq pays ont rouvert leurs représentations diplomatiques dans la capitale libyenne depuis 2021. Ce mouvement, qui s’est étalé jusqu’en 2025, est perçu par les autorités comme un témoignage de la confiance croissante dans la capacité du gouvernement libyen à maintenir la stabilité intérieure. Cette dynamique dessine une nouvelle carte des relations internationales en Afrique du Nord, où la Tunisie, avec son consulat général solidement établi à Tripoli, joue un rôle de premier plan.
Le retour des ambassades n’a pas été un phénomène spontané, mais une séquence orchestrée sur plusieurs années. Le mouvement a débuté en 2021 avec des voisins immédiats et des partenaires européens majeurs, dont la Tunisie, l’Égypte, la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni, auxquels se sont jointes deux missions de l’Union européenne. L’année 2022 a vu l’Indonésie reprendre ses activités, suivie en 2023 par un retour remarqué du Maroc, de l’Arabie saoudite, de la Corée du Sud et de l’Iran. L’élan s’est poursuivi en 2024 avec l’arrivée de puissances émergentes et de nouveaux partenaires africains : l’Inde, le Japon, la Russie, la Mauritanie, la Serbie et le Congo-Brazzaville ont ainsi consolidé leur présence. Pour 2025, les autorités libyennes anticipent les retours officiels de la Syrie et de la Chine.
Le gouvernement libyen affirme que ce retour progressif « démontre la reconnaissance internationale du rôle de Tripoli et de sa centralité diplomatique croissante ». Cette reconnaissance survient malgré les divisions politiques et institutionnelles persistantes qui continuent de fracturer le pays. La réouverture des ambassades agit ainsi comme un levier de légitimité pour le Gouvernement d’union nationale face à une concurrence orientale. Parallèlement, l’économie libyenne, qui dépend fortement du pétrole et du gaz (97 % des exportations et 68 % du PIB), montre des signes de reprise avec une croissance du PIB de 12,6 % en 2023. Le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah a présenté un plan de reconstruction économique axé sur la diversification, la réforme du secteur bancaire et le renforcement du rôle du privé.
Pour la Tunisie, ce retour de la diplomatie internationale à Tripoli revêt une importance stratégique capitale. La stabilisation de la Libye est une question de sécurité et de prospérité économique partagée, concernant les échanges commerciaux et la gestion des flux migratoires. Cette évolution diplomatique positive contraste avec les défis persistants à la frontière terrestre, un espace sensible marqué par la contrebande, les réseaux de trafics et les flux migratoires, où les promesses de coopération sont souvent restées sans suite concrète. Alors que les Nations Unies poursuivent leurs efforts de médiation, la présence diplomatique accrue à Tripoli offre un cadre de dialogue élargi. La Tunisie, de par sa proximité géographique et historique, a donc un rôle clé à jouer dans ce processus de normalisation.