La Traviata s’invite à l’Opéra de Tunis : salle comble, émotions et excellence tunisienne (Vidéo)

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La grande salle de l’Opéra de Tunis affichait complet hier vendredi 31 octobre 2025. Archicomble, même preuve que l’art lyrique, longtemps perçu comme élitiste, a su conquérir un public tunisien avide de beauté, de musique et d’émotion. Et quelle soirée ! De retour après un franc succès en mai dernier, la Traviata, chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi,a transcendé le temps et les frontières dans une version tunisienne d’une qualité rare.

Sous la baguette de Nicoletta Conti, avec la mise en scène inspirée de Stefano Vizioli, ce spectacle s’est imposé comme un sommet d’excellence artistique et technique.

Rencontré par Réalités Online avant le début du spectacle, le metteur en scène italien Pierluigi Vanelli, ému de retrouver la scène tunisienne, a rappelé que c’était sa deuxième collaboration avec le Théâtre de l’Opéra de Tunis, après une première présentation de La Traviata en avril et mai derniers saluant la qualité du travail accompli. Pour lui, ce spectacle participe à former un nouveau public pour l’opéra lyrique en Tunisie, une forme d’art « très populaire en Europe » et appelée, selon lui, à trouver ici aussi son public fidèle.

À la tête du ballet, Sihem Belkhodja a une fois de plus prouvé son génie chorégraphique : ses danseurs ont donné corps à la passion, la décadence et la douleur de Violetta dans un langage visuel d’une pure intensité.

Dès les premières notes, la magie a opéré. Les spectateurs jeunes, moins jeunes, fidèles ou novices  ont été happés par la puissance de l’histoire. L’amour impossible entre Alfredo et Violetta, pourtant né au cœur du XIXe siècle, a trouvé un écho saisissant dans notre époque. Le drame, la maladie, le sacrifice, tout y est : intemporel, bouleversant, universel.

Sur scène, Lilia Ben Chikha a offert une interprétation magistrale du rôle de Violetta Valéry. Sa voix, d’une pureté et d’une puissance rare, a incarné la fragilité et la dignité d’une femme déchirée entre amour et convenance. Chaque note vibrait d’émotion sincère, chaque geste racontait une histoire. À ses côtés, le ténor Hassen Doss, dans le rôle d’Alfredo Germont, a déployé toute la force expressive et la sensibilité qu’on lui connaît. Sa prestance scénique, sa justesse émotionnelle et sa technique irréprochable ont conquis la salle.

Le rôle du père, Giorgio Germont, brillamment interprété par Haythem Hadhiri, a ajouté la gravité nécessaire à cette tragédie de l’amour contrarié.

Une ovation à la hauteur de l’émotion

À la fin du spectacle, la salle a littéralement tremblé. Les applaudissements ne semblaient plus vouloir s’arrêter un tonnerre d’ovations pour ces artistes qui, le temps d’une soirée, ont hissé la Tunisie au rang des grandes nations de l’opéra. Parmi le public, des invités de marque : les ambassadeurs d’Autriche, de Jordanie et plusieurs représentants diplomatiques, venus saluer cette réussite culturelle d’envergure.

L’organisation, fluide et impeccable, a été à la hauteur de l’événement. Aucun détail n’a été laissé au hasard : décors somptueux, costumes étincelants, lumières travaillées, tout participait à cette immersion dans le Paris romantique du XIXe siècle.

L’excellence tunisienne, sans complexe

Ce qui frappe avant tout, c’est la maîtrise tunisienne. Du chant au jeu, du ballet à l’orchestre, tout respire la rigueur et la passion. On ne se croyait plus à Tunis, mais dans l’un des plus grands opéras du monde. Cette version de La Traviata n’a rien à envier aux productions internationales : elle les rivalise par sa sincérité, sa chaleur et cette identité tunisienne qui s’y glisse discrètement, avec élégance.

Dans ce contexte, Mila Azzouz, professeure universitaire et surtitreuse du spectacle, La Traviata marque une étape importante dans l’ancrage de l’opéra en Tunisie. « C’est déjà la troisième représentation, avec un public toujours plus nombreux et curieux », souligne-t-elle, rappelant le succès des précédents opéras Carmen en français puis en version tunisienne présentés à Carthage et à El Jem. Selon elle, l’enthousiasme du public tunisien prouve que l’opéra n’est plus un art élitiste, mais une expérience partagée et attendue. Et la suite promet d’être tout aussi captivante : un nouveau spectacle, Didon et Énée, est déjà en préparation pour le mois de mai prochain.

C’est la preuve éclatante que la Tunisie possède non seulement le talent, mais aussi la discipline et la vision nécessaires pour ériger une véritable tradition lyrique nationale.

 

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