La Tunisie a besoin de son propre « Plan Marshall »

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L’analyse de la situation macroéconomique actuelle suggère que la Tunisie dispose aujourd’hui d’une opportunité unique pour redéfinir son modèle. Entre la gestion prudente de ses équilibres et l’ambition d’un redressement structurel, une voie de prospérité est possible grâce à une valorisation dynamique des actifs de l’État.

Par Mohamed ben Naceur

Quinze ans après le début d’une transition historique, la Tunisie se trouve à un moment charnière. Si les défis budgétaires sont réels, ils nous invitent, avant tout, à repenser nos méthodes et à explorer des solutions innovantes. Plus qu’une nécessité de gestion, la modernisation de nos structures est une invitation à bâtir un avenir plus stable. Plutôt que de subir les cycles économiques, il est aujourd’hui opportun d’anticiper les transformations nécessaires pour préserver notre souveraineté sur le long terme.

S’inspirer des meilleures trajectoires
L’observation des expériences internationales, notamment celle de l’Égypte, nous montre l’importance d’agir avec discernement et intelligence. La Tunisie a la capacité de mener ses propres réformes selon son propre calendrier, évitant ainsi les ajustements précipités. L’enjeu est de transformer nos entreprises publiques en moteurs de croissance. En ouvrant le capital de certains fleurons de manière réfléchie, nous ne nous séparons pas d’un patrimoine, nous lui donnons les moyens de son développement et de sa compétitivité internationale. 

15 milliards de dollars : le financement d’une ambition
Le financement d’un plan de relance d’envergure nécessite une mobilisation de ressources à la hauteur de nos ambitions. Une enveloppe de 10 à 15 milliards de dollars constituerait un socle solide pour ce renouveau. Ce projet pourrait s’appuyer sur une synergie entre l’investissement privé (privatisations stratégiques pour environ 7 milliards) et le soutien de nos partenaires internationaux (8 milliards en financements adossés).
Ce partenariat permettrait d’apporter non seulement des liquidités, mais aussi un savoir-faire technologique et managérial indispensable à nos grandes institutions. Pour illustrer cette vision, plusieurs secteurs clés pourraient bénéficier de cette ouverture :

1• Transports et Logistique : faire de Tunisair et de la Compagnie Tunisienne de Navigation (CTN) des leaders régionaux nécessite des investissements massifs que seul un partenariat privé peut apporter. De même, la gestion des terminaux portuaires (comme l’OMMP) par des opérateurs mondiaux réduirait les coûts logistiques pour tous nos exportateurs.
2• Industrie et Énergie : le Groupe Chimique Tunisien et la CPG sont les poumons de notre industrie. Un partenaire technologique permettrait de moderniser l’extraction et de traiter enfin les enjeux environnementaux, tout en regagnant nos parts de marché mondiales sur les phosphates.
3• Secteur financier : en ouvrant le capital de la STB ou de la Banque de l’Habitat, l’État se retirerait d’un métier de banque commerciale pour laisser place à des champions financiers capables de mieux soutenir les PME tunisiennes.
4• Monopoles de rendement : la cession de la Régie Nationale des Tabacs (RNTA) générerait des liquidités immédiates et substantielles, sans impacter les recettes fiscales à long terme.

 Une «règle d’or» pour les recettes de privatisation
La clé de la réussite de ce plan réside dans la transparence. Les fonds issus de ces partenariats ne doivent pas servir à combler les trous du budget de fonctionnement. Ils doivent être sanctuarisés dans un Fonds de souveraineté et de développement, destiné exclusivement à trois piliers :

  • L’éducation :moderniser nos écoles et universités.
  • La santé :construire les hôpitaux de demain.
  • Les infrastructures :désenclaver les régions de l’intérieur.

Un pacte social inclusif : le modèle 80/10/10
La modernisation économique ne peut réussir sans une adhésion collective. Elle doit être synonyme de progrès social et de partage de la valeur. Nous proposons un modèle de participation citoyenne qui place l’humain au cœur de la stratégie.Dans le
de l’ouverture du capital d’une entité comme le Groupe chimique, une répartition équilibrée pourrait être envisagée : un partenaire stratégique détenant 80 % pour garantir la performance, tandis que 10 % du capital seraient destinés aux collaborateurs et 10 % reviendraient à la collectivité locale (la commune de Gabès). Ce schéma transforme la réforme en un projet de société où chaque acteur devient un partenaire du succès commun.
L’heure est à la confiance et à la vision à long terme. En engageant ces chantiers dans les mois à venir, la Tunisie peut envoyer un signal fort de stabilité et de dynamisme. Ce plan de développement ne doit pas être perçu comme un ajustement, mais comme une véritable stratégie de conquête économique.
La Tunisie possède tous les atouts pour réussir cette transformation. En offrant des perspectives claires et des solutions pragmatiques, nous pouvons assurer au citoyen tunisien une prospérité durable et offrir aux générations futures un pays résilient, moderne et ouvert sur le monde.

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