La Tunisie se positionne pour devenir le deuxième producteur mondial d’huile d’olive lors de la campagne 2025-2026. Les estimations de récolte se situent entre 380 mille et 400 mille tonnes, et des projections sectorielles atteignent même 500 mille tonnes. La performance escomptée permettrait au pays de dépasser l’Italie au classement mondial, se plaçant ainsi derrière l’Espagne, selon le Financial Times.
La progression observée s’explique par des précipitations favorables en Tunisie ont stimulé la production, tandis que ses principaux concurrents méditerranéens ont subi des sécheresses et un stress climatique ces dernières années. Par ailleurs, les prix internationaux élevés, ayant atteint environ 10 mille dollars la tonne, ont renforcé l’intérêt pour l’huile tunisienne dans un contexte d’approvisionnement européen plus incertain. D’autre part, le pays dispose d’un atout structurel avec un secteur oléicole très étendu, couvrant environ 2 millions d’hectares et comptant près de 107 millions d’oliviers. Cette masse critique permet au pays de profiter rapidement des années fastes du cycle de production.
Néanmoins, une question centrale demeure concernant la valeur ajoutée captée par l’économie nationale. En effet, environ 90% de la production annuelle moyenne est exportée non embouteillée, principalement en vrac vers l’Europe pour y être mélangée ou reconditionnée. Cette réalité limite les retombées économiques pour la Tunisie. Qui plus est, lors de la période de novembre 2024 à avril 2025, une baisse des recettes d’exportation a été observée malgré l’augmentation des volumes, les recettes passant d’environ 1 milliard d’euros à 715,5 millions d’euros. Cette situation résulte de pressions sur les prix, avec des ventes en vrac parfois réalisées à des tarifs inférieurs aux cours officiels.
Face à ce constat, des mesures ont été prises pour soutenir la filière. Le soutien public à l’exportation d’huile conditionnée a été augmenté, le taux de prise en charge pour l’embouteillage passant de 50% à 70%. Parallèlement, une enveloppe de 53,4 millions de dinars sur un budget total de 77,5 millions a été allouée à la logistique pour l’année 2025. Ces actions visent à encourager une plus grande transformation locale du produit. Par conséquent, la pérennité de l’avantage tunisien dépendra de la capacité à transformer cette production record en une rentabilité accrue tout au long de la chaîne. En plus des efforts d’embouteillage, le développement de la marque et des investissements dans la résilience climatique sont déterminants. D’autre part, la diversification des marchés d’exportation, au-delà de l’Europe traditionnelle, représente une voie à explorer. Le marché américain, dont la consommation dépasse 400 mille tonnes, offre par exemple des opportunités. La production mondiale devant rester globalement stable autour de 3,26 millions de tonnes pour 2025/26, la Tunisie a une fenêtre d’opportunité pour consolider sa position.