La Tunisie renforce son réseau de médecine nucléaire avec la création prochaine de nouveaux services dans les hôpitaux de Jendouba, Kairouan et Monastir, ainsi qu’à l’hôpital Abderrahmane Mami de l’Ariana. Cette initiative, portée par le ministère de la Santé, répond à un besoin ancien de désengorger les structures existantes et de raccourcir les délais d’attente pour les patients. Le Dr Marwa Samai, assistante hospitalière au service de médecine nucléaire de l’hôpital Salah Aziz de Tunis, confirme que ce projet est le fruit de longues réflexions et de discussions récentes entre la Société tunisienne de médecine nucléaire et le ministre de la Santé.
Actuellement, l’offre de médecine nucléaire est inégalement répartie sur le territoire. Les régions côtières du nord, à savoir Tunis, Sousse et Sfax, concentrent environ 50 % de la population et disposent de neuf gamma-caméras réparties entre secteurs public et privé. En revanche, le sud du pays ne bénéficie que de trois centres, dont un seul privé, situés à Sfax et Sousse. Cette disparité géographique entraîne des retards de diagnostic et de prise en charge, en particulier pour les pathologies lourdes comme le cancer. Par conséquent, le ministère a fait de la réduction de ces inégalités une priorité absolue.
Le développement de la médecine nucléaire en Tunisie s’appuie sur un partenariat solide avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Grâce à son soutien, l’Institut Salah-Azaiz (ISA) de Tunis est devenu le centre national de référence et a pu former son personnel ainsi que diffuser son savoir-faire. Depuis 2013, trois nouveaux centres de radiothérapie équipés d’accélérateurs linéaires ont été ouverts à Tunis, Sousse et Sfax. De plus, l’AIEA a organisé des ateliers à destination des radiométristes et des physiciens médicaux, et a apporté son expertise en matière de sécurité et de qualité. Cette collaboration inclut également des projets d’envergure comme l’étude imPACT, réalisée avec l’OMS et le Centre tunisien de recherche sur le cancer.
L’élargissement du réseau s’accompagne d’un effort important sur la formation et les moyens techniques. Les médecins ont demandé une augmentation de la production de radioisotopes pour la tomographie par émission de positons (TEP), indispensable au fonctionnement des nouveaux services. Une unité TEP supplémentaire sera installée à l’hôpital militaire de Tunis. Lors du 13e Congrès de la Société tunisienne de médecine nucléaire, tenu à Monastir en février 2024, des sujets techniques comme l’utilisation du GA-68 ou l’intégration de l’intelligence artificielle ont été abordés. L’initiative « Rays of Hope » de l’AIEA, qui vise à améliorer l’accès à la radiothérapie dans les pays à revenu intermédiaire, a également été présentée.