Le Fonds monétaire international (FMI) classe la Tunisie parmi les économies émergentes et en développement les plus vulnérables dans son rapport sur la stabilité financière mondiale publié en octobre 2025. Le pays figure dans le groupe des États captifs d’un financement en devises étrangères, aux côtés du Ghana et de la Zambie, avec 38% de ses émissions libellées en monnaies étrangères. Cette dépendance s’explique par l’absence d’une épargne financière domestique suffisante et expose la Tunisie à une volatilité des capitaux étrangers.
Le contexte africain de la dette souveraine
La situation tunisienne s’inscrit dans un paysage africain fragmenté où coexistent trois groupes de pays aux trajectoires divergentes. L’Afrique du Sud représente le modèle de résilience avec 80% de sa dette structurée en monnaie locale et une maturité moyenne de sept ans. Le Nigeria, le Kenya et l’Égypte forment un groupe intermédiaire ayant porté à 63% la part de leurs émissions en monnaie locale depuis 2010, mais peinent à allonger les maturités de leur dette. Ce contexte général est marqué par un endettement public mondial des économies émergentes ayant doublé depuis 2010, atteignant près de 30.000 milliards de dollars.
Les risques spécifiques à la Tunisie
La dépendance tunisienne aux devises étrangères génère un « nexus souverain-banque » particulièrement dangereux, caractérisé par une interdépendance accrue entre les banques locales et l’État. Ce phénomène résulte du recours massif aux banques locales et aux bons du Trésor à court terme pour financer la dette publique. Le FMI met en garde contre les risques de contagion bancaire, illustrés par les cas du Ghana et de la Zambie où les restructurations de dette domestique ont infligé des pertes sévères aux établissements bancaires. Pour la Tunisie, cette situation limite la capacité à faire face aux chocs externes et maintient le pays dans une situation de vulnérabilité financière.
La stabilisation de la situation tunisienne passe par la mise en œuvre de plusieurs leviers identifiés par le FMI. La priorité absolue consiste à renforcer la crédibilité des politiques budgétaires et monétaires pour attirer des investisseurs internationaux stables. Parallèlement, une transparence accrue des émissions obligataires est nécessaire pour restaurer la confiance des marchés. Enfin, le FMI préconise une coopération régionale pour mutualiser les infrastructures de marchés de capitaux, notamment à travers l’harmonisation réglementaire et le développement de plateformes de négociation communes. Ces mesures devraient permettre à la Tunisie de réduire progressivement sa dépendance aux financements en devises étrangères et de développer son marché obligataire en monnaie locale, suivant ainsi la recommandation centrale du FMI qui fait de l’ancrage monétaire local et de la diversification des investisseurs les piliers de la stabilité financière en Afrique.