L’art de suspendre le temps « الست »

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Là où le cinéma populaire cherche à captiver par l’action et le rythme effréné, le film « الست » fait le choix rare et audacieux de la lenteur et de la présence, transformant l’ennui apparent en une véritable expérience sensible. Dès les premières images, le film invite le spectateur à habiter le temps, à écouter les silences et à contempler les gestes simples. Chaque plan devient une respiration. Chaque regard suspendu ouvre un espace intérieur. La caméra accompagne son personnage principal dans son quotidien fait de gestes répétés, de mouvements discrets et d’une interaction subtile avec l’espace, transformant, à la manière d’un tableau vivant, la banalité en émotion et la répétition en méditation.

Ici, l’ennui n’est pas un défaut mais un seuil nécessaire à l’intensité de l’expérience cinématographique, permettant au film d’entraîner le spectateur dans une temporalité différente, magique, où le mythe traverse le temps et demeure à travers les époques, éternel.

Présenté récemment dans les salles de cinéma tunisiennes, « الست » apparaît comme une véritable pépite, un cadeau offert à une génération qui n’a pas vécu cette époque mais qui en ressent encore l’écho, d’autant plus que les chansons de cette période, et en particulier celles d’Om Kalthoum, continuent aujourd’hui d’être écoutées et demandées par des tranches d’âge de plus en plus diverses. Il y a dans cette musique une force singulière, presque hypnotique, capable de provoquer chez ceux qui l’écoutent une forme d’extase, une suspension intérieure du temps.

Le film évoque ainsi non seulement l’icône musicale mais aussi la femme derrière la légende : sa persévérance, sa sensibilité extrême, sa fragilité assumée, sa résilience face aux contraintes et son don exceptionnel, faisant de sa voix bien plus qu’une performance mais un espace de refuge collectif.

Sur le plan technique, la mise en scène se distingue par sa sobriété et sa précision, épousant la lenteur du récit sans jamais l’alourdir, tandis que le choix des acteurs se révèle particulièrement juste, notamment Mona Zaki, dont l’interprétation, tout en retenue et en intériorité, confère au film une profondeur émotionnelle remarquable.

« الست » n’est pas seulement un film à voir, mais un espace à habiter, une invitation à ralentir, à regarder autrement et à ressentir la vie dans ses plis les plus subtils, laissant le spectateur, à la sortie de la salle, porteur d’une patience nouvelle et d’une écoute renouvelée.

Khouloud Azzabi

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