Le Conseil de la Presse alerte sur la dégradation du climat médiatique en Tunisie

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Le Conseil de la presse a exprimé, dans un communiqué publié ce mercredi, sa vive préoccupation face à la détérioration du climat médiatique général en Tunisie. Il déplore les tensions professionnelles, juridiques, économiques et sociales qui pèsent sur le secteur, affectant la liberté du travail journalistique et le droit du public à l’information, deux droits garantis par le décret-loi n°115 de 2011 et l’article 55 de la Constitution tunisienne.

Le Conseil, rappelant qu’il s’agit d’une instance d’autorégulation chargée de veiller au respect de la liberté d’expression et de la déontologie journalistique, s’est dit inquiet de la décision de geler les activités de l’Association des journalistes de Nawaat pendant un mois, estimant que cette mesure « entrave le fonctionnement d’un média indépendant ».

Il souligne que la liberté d’association dans le domaine médiatique est protégée par la loi et que le recours à des décisions judiciaires sans respect du droit de défense constitue une atteinte au principe du contradictoire et à la liberté d’organisation, en contradiction avec le principe de proportionnalité prévu par la Constitution.

Le Conseil appelle à mettre fin à toutes les formes de pressions et de restrictions visant les médias indépendants, afin de préserver le pluralisme et la diversité des opinions. Il dénonce également la prolifération d’articles non signés et de contenus à visée propagandiste, diffusés sous couvert de formats journalistiques, ce qui nuit à la transparence et à la confiance du public.

Dans le contexte actuel marqué par de grands événements politiques, économiques et sociaux – tels que les procès en cours, la suspension d’activités d’associations, les mouvements écologiques à Gabès ou les débats autour du projet de loi de finances – le Conseil constate des cas de censure et de déséquilibre dans la couverture médiatique, privant ainsi le public d’un accès complet et équilibré à l’information.

Il regrette que certains médias soient devenus des espaces de pensée unique, tandis que d’autres dérivent vers des discours de haine et de stigmatisation, contraires aux principes éthiques du journalisme tunisien. La diffusion de fausses informations, avertit-il, constitue une atteinte grave au droit du public à la vérité et à l’intérêt général.

Le Conseil met également en garde contre la multiplication des chroniqueurs non formés qui interviennent dans les débats publics sans respecter les standards professionnels, rappelant que la liberté d’opinion n’exclut pas la responsabilité éditoriale prévue par l’article 13 du décret-loi 115.

Il déplore en outre le vide régulateur créé par la paralysie de la HAICA, favorisant une anarchie des contenus audiovisuels et la transformation de certaines radios et télévisions en espaces commerciaux ou personnels, ainsi que la prolifération de centres de formation journalistique non reconnus, responsables de l’usurpation du titre de journaliste et de la dégradation du métier.

Le Conseil appelle à combler le vide au sein de la Commission nationale d’attribution des cartes professionnelles et à accélérer le renouvellement des cartes suspendues depuis 2024, afin de préserver l’identité et la crédibilité du journalisme tunisien.

Enfin, il exhorte l’ensemble des journalistes à renforcer les mécanismes d’autorégulation dans les rédactions et à se référer aux chartes déontologiques nationales et internationales, afin d’assumer pleinement leur rôle de quatrième pouvoir, garantissant l’accès à l’information, la formation de l’opinion publique et le contrôle du pouvoir.

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